Espagne: Une réduction de peine après un viol collectif soulève un tollé

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EspagneUne réduction de peine après un viol collectif soulève un tollé

L’affaire dite de la «Meute» a un nouveau rebondissement. La peine d’un des condamnés a été revue à la baisse rétroactivement après la promulgation d’une nouvelle loi.

Un grand mouvement féministe s’est organisé après l’affaire de la «Meute».

Un grand mouvement féministe s’est organisé après l’affaire de la «Meute». 

REUTERS

La réduction de peine d’un condamné dans une affaire de viol, due à une récente réforme du Code pénal, a suscité de vives critiques, mardi en Espagne, l’opposition de droite dénonçant la «frivolité» du gouvernement.

Saisi par les avocats de l’accusé, condamné en 2019 dans l’affaire dite de la «Meute», un viol collectif par cinq hommes en 2016, à Pampelune, d’une femme de 18 ans, un tribunal de Navarre (nord) a réduit mardi sa peine de réclusion de 15 à 14 ans. Il a justifié sa décision par la réforme du Code pénal introduite par la loi sur les violences sexuelles, surnommée «Seul un oui est un oui», adoptée en octobre 2022 par le Parlement.

Cette réforme avait initialement pour but de renforcer l’arsenal législatif contre les violences sexuelles en plaçant le consentement explicite au centre du Code pénal comme l’avait promis le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez après l’affaire de «La Meute». Mais en entraînant une refonte du Code pénal, elle a eu pour effet pervers inattendu d’entraîner des réductions de peines dont ont bénéficié plus de mille condamnés, à la surprise du gouvernement, qui n’avait pas anticipé cette faille juridique. En Espagne, une peine peut être modifiée rétroactivement si le changement du Code pénal bénéficie au condamné.

Un retour de boomerang

Face à la controverse, les socialistes ont corrigé en avril le texte initial. Mais cela n’a toutefois pas pu empêcher la révision de peine prononcée mardi.

La décision du tribunal de Navarre était «malheureusement prévisible, car le rôle des juges est d’appliquer les lois» même «lorsqu’elles sont mal faites», a regretté le chef de file du Parti populaire (PP, droite), Alberto Núñez Feijóo, sur la télévision Telecinco. Il a accusé le gouvernement d’avoir abordé de «manière frivole» des «questions aussi importantes que le viol». «Il est curieux» que cette loi ait été adoptée en réaction à l’affaire de «La Meute» et qu’elle ait in fine «bénéficié» à l’un des condamnés, a critiqué de son côté la présidente de la région de Madrid, Isabel Diaz Ayuso, une figure montante de la droite, en mettant en cause le «faux féminisme» du gouvernement.

L’affaire de «La Meute» avait entraîné en 2018 une énorme mobilisation féministe, à travers le pays, après la condamnation des cinq hommes à neuf ans de prison. Face à cette indignation, la Cour suprême avait aggravé leurs peines l’année suivante à 15 ans.

(AFP)

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