Sociétés virtuellesLa ruée vers le métavers passe par les méta-humains
Alors que Facebook vient d’annoncer son virage vers ce vaste monde virtuel, la question porte maintenant sur la modélisation des avatars qui le peupleront.
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Ziva Dynamics vient de frapper un grand coup en dévoilant une démo extrêmement bluffante, celle d’un nouveau système de numérisation capable de retranscrire une gamme d’expressions faciales phénoménale.
DRDepuis que Facebook a basculé dans le Meta, non seulement en changeant de nom mais en affichant surtout sa volonté de conquérir ce nouveau monde, le métavers, le terme est entré dans le langage courant. Pour rappel, il définit un univers en ligne intégrant des technologies comme la réalité virtuelle et autres avatars 3D, où les utilisateurs seraient en mesure de travailler, se divertir ou encore rester connectés avec leurs amis. Passant d’un concert à une conférence, avant de partir en voyage… de manière entièrement virtuelle, bien entendu.
Et depuis, tout le monde semble vouloir sauter à pieds joints dans ce nouvel eldorado. Après Facebook – pardon, Meta! – Niantic, l’éditeur du fameux jeu «Pokémon Go», vient notamment de lever 300 millions de dollars pour développer son propre métavers. Un apport financier qui valorise aujourd’hui ce spécialiste de la réalité augmentée à 9 milliards de dollars. Et l’entreprise ne fait que suivre l’exemple d’Epic Games, avec «Fortnite» et son monde accueillant déjà des séances de cinéma et des concerts, ou encore la plateforme Roblox qui permet de se trouver un travail, de construire sa maison et même d’essayer les vêtements de certaines marques.
La société en mode «cyber»
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Alors bien sûr, le contour exact de tout ça reste encore à imaginer. Y aura-t-il plusieurs métavers, chacun contrôlé par l’un des GAMAM (ex-GAFAM, depuis le re-baptême de Facebook) ou au contraire un seul, mais «ouvert» et régit par aucune entreprise en particulier, comme le souhaite Epic Games? Toujours est-il que les utilisateurs y seraient donc représentés sous la forme d’avatars, de méta-humains le plus réalistes possibles permettant à tout un chacun de mener une existence parallèle: ne plus se contenter d’être le simple spectateur d’une immersion, comme c’est le cas avec bon nombre d’applications VR actuelles, mais complètement actifs et capables d’interagir avec leur «méta-prochain». «Des cybercitoyens, en quelque sorte, précise Laetitia Bochud, directrice de Virtual Switzerland, plateforme dédiée à la promotion des technologies immersives. Je crois qu’on essaye vraiment de créer ici une cybersociété, où nos avatars sont destinés à avoir leur identité propre et pourquoi pas leur gouvernance».
Le photoréalisme à la rescousse
Là aussi, les entreprises spécialisées ont pris le problème à bras-le-corps pour assurer la modélisation de ces êtres virtuels, avec la délicate mission de reproduire le plus fidèlement possible un visage humain: ses expressions, le grain de la peau, le mouvement des cheveux et surtout cette petite lueur si caractéristique dans le regard… Dans le genre, Ziva Dynamics vient de frapper un grand coup en dévoilant une démo extrêmement bluffante, celle d’un nouveau système de numérisation capable de retranscrire une gamme d’expressions faciales phénoménale, et d’un degré de précision et de détail étonnant. Le tout sur la simple base d’un scan de visage et d’une intelligence artificielle lui associant des téraoctets de données de référence. La société propose même aux internautes de s’inscrire sur leur site pour tester la modélisation avec leur propre visage.
Avec ce coup d’éclat, pour l’instant plutôt destiné à l’univers du jeu vidéo mais qui ne devrait pas tarder à se voir réapproprié par le métavers, Ziva Dynamics espère surtout enfin extirper les avatars de la fameuse vallée de l’étrange. L’Uncanny Valley, c’est cette théorie voulant que plus un androïde, ou la représentation numérique d’un humain, est réaliste, plus ses imperfections nous choquent, nous dérangent, nous mettent mal à l’aise. «Après, il va falloir faire attention au poids des données, précise Laetitia Bochud. Forcément, plus un avatar est détaillé, plus il pèse lourd. Et faire cohabiter des milliers d’entre eux dans un même environnement, tous dotés d’une gestuelle naturelle et de la parole, va nécessiter une énorme bande passante. Sans le déploiement de la 5G, la plateforme ne pourra tout simplement pas voir le jour. D’autant plus que les transactions en cryptomonnaies, entre acquisitions de propriétés ou d’œuvres d’art, en feront partie intégrante».
Des avatars «stylés»
Il y a deux semaines, on apprenait également que Peter Jackson, le réalisateur du «Seigneur des anneaux», avait vendu à Unity Software (entreprise spécialisée dans les moteurs permettant de développer des jeux vidéo) sa compagnie d’effets spéciaux, Weta Digital, celle-là même qui lui avait permis de façonner les Na’vis du film «Avatar». Chiffrée à près d’un milliard et demi de francs, la transaction devrait justement pousser les feux sur le métavers. «L’engouement est tel que tout le monde essaye aujourd’hui de placer ses pions dans cet univers, continue la directrice de Virtual Switzerland. Les géants de la tech déploient beaucoup de moyens pour cet «internet de demain» et les achats ou les fusions vont bon train pour s’y faire une place de choix».
Les maisons de haute couture l’ont d’ailleurs parfaitement compris, car il va bien falloir que ces êtres virtuels s’habillent. Mieux: elles espèrent les voir porter des bijoux, des accessoires et visiter leurs boutiques. Bon nombre de marques – Dolce & Gabbana, Gucci, Nike et Marc Jacobs en tête – ont ainsi déjà intégré des vêtements NFT (Jeton non fongible) dans leurs collections.
Futur cauchemar dystopique
Après, certains voient déjà dans ce métavers le cauchemar dystopique de demain… Un monde où la technologie – Facebook en chef de file, vu ses avancées et ses intentions dans le domaine – contrôlerait nos existences. Une sorte de Big Brother puissance 1000 où nos actions, nos conversations et nos comportements – y compris nos regards, maintenant que les casques VR sont capables de savoir où se portent nos yeux – seront observés, épiés, scrutés…. Et encore, on ne parle pas du désastre écologique qui pourrait résulter de ce déploiement massif de données. On attend de voir les propositions de régulation qui seront appliquées.
Mais la réalité est-elle vraiment devenue si triste et ennuyeuse pour que l’on veuille se réfugier dans ce métavers? Avons-nous déjà épuisé toutes les ressources de notre monde pour vouloir ainsi plonger dans une réplique entièrement virtuelle? La question paraît légitime… Après, l’avantage de celle-ci est peut-être de pouvoir la maitriser totalement, alors qu’on semble incapable de contrôler notre univers, actuellement bien chamboulé par un certain virus. Laetitia Bochud, elle, y voit surtout la possibilité de contourner les barrières de notre réalité. «Permettre par exemple à des femmes d’accéder à des connaissances dans des pays où la formation et l’ouverture sur le monde sont limités; d’acquérir un bien immobilier virtuel; de voyager sans les contraintes de distance; ou même de s’affranchir des limites du temps et se retrouver à d’autres époques. Tout comme de passer outre, effectivement, les limites que l’épidémie est en train de nous imposer, la distanciation sociale en tête».