Un paysan jurassien fait office… de croque-mort!

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EtonnantUn paysan jurassien fait office… de croque-mort!

Un photographe biennois a croqué un paysan jurassien qui met en bière les défunts à la morgue.

Vincent Donzé
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Vincent Donzé

La terre est deux fois nourricière pour l’agriculteur jurassien Dominique Theurillat (63 ans). Quand il n’est pas à l’écurie, il lui arrive de mettre un défunt en bière pour un enterrement ou une crémation. Cette activité singulière a débuté par le remplacement d’un préposé de pompes funèbres parti en vacances, alors qu’il creusait des tombes dans son habit de jardinier paysagiste.

Le deuil, Dominique Theurillat l’a vécu à douze ans quand il a perdu un frère aîné, en 1971. «Il n’y avait pas de chambre mortuaire, on gardait les morts à la maison», se souvient-il. De sa rencontre récente avec le petit-fils d’une défunte est né un projet photographique présenté actuellement aux Journées photographiques de Bienne.

La lumière est venue

Pour le photographe Lucas Dubuis, originaire de St-Imier et établi à Bienne, des ténèbres est venue la lumière, puisque le décès de sa grand-mère maternelle a mis le paysan croque-mort sur son chemin. «À notre première rencontre, dans son sweat-shirt, il était éloigné de l’image qu’on se fait d’un croque-mort endimanché», glisse le photographe.

Dominique Theurillat a donné au photographe une image calme, sereine, paisible. De son origine paysanne vient son franc-parler et de la vie à la mort, il y a une narration qui colle à la démarche du photographe. Dans une ferme, Lucas Dubuis a trouvé une matière à photographier.

Lucas Dubuis est détenteur d’un master en sociologie et en journalisme de l’Université de Neuchâtel. Il travaille à temps partiel en tant que spécialiste en communication et campagnes politiques. Photographe autodidacte, il développe une démarche reposant sur une approche documentaire et sociale.

Lucas Dubuis est détenteur d’un master en sociologie et en journalisme de l’Université de Neuchâtel. Il travaille à temps partiel en tant que spécialiste en communication et campagnes politiques. Photographe autodidacte, il développe une démarche reposant sur une approche documentaire et sociale.

DR

«Il m’a ouvert sa porte spontanément, à la seule condition de respecter l’anonymat des défunts et de leur famille», relève le photographe né en 1979. Le respect des morts était une exigence facile à satisfaire: «Ma démarche est dépourvue de voyeurisme: je ne suis pas un paparazzi…», sourit Lucas Dubuis.

À la ferme, un cercueil est à proximité des chevaux et des vaches, d’où la possibilité de souligner les contrastes, comme les deux faces d’une médaille. Étalé sur plusieurs mois, le travail du photographe a fait l’objet d’une publication intitulée «De la terre à la terre» chez l’éditeur biennois «Haus am Gern».

Marqué par le catholicisme

Pour Sarah Girard, directrice des Journées photographiques de Bienne, les images de Lucas Dubuis «interrogent notre rapport à la représentation du vivant et de la mort». Plus précisément, «elles questionnent le pragmatisme de la prise en charge des défunts dans notre société et la signification symbolique des rituels funéraires dans le contexte d’un village marqué par le catholicisme».

Ces images seront visibles le jeudi de l’Ascension, comme toutes celles exposées aux Journées photographiques de Bienne.

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