FootballCommentaire: il était le père de la nouvelle Suisse
Disparu à l’âge de 85 ans, Marcel Mathier avait initié nombre de réformes qui profitent aujourd’hui encore au football helvétique. Avec Roy Hodgson, le Valaisan avait découvert l’Amérique en 1994.


Marcel Mathier a présidé l’ASF durant huit ans.
Tamedia/Béatrice FlückigerLe football helvétique pleure le père de la nouvelle (équipe de) Suisse. Disparu à l’âge de 85 ans, Marcel Mathier aura accompagné les différents changements - aussi bien structurels que financiers, avec la signature des premiers gros contrats de sponsoring - entourant la pyramide jusqu’à son sommet. Durant ses huit ans de règne entamé en 1993, le Valaisan a été à l’origine de la renaissance de la Nati, trop longtemps abonnée jusque-là aux défaites honorables.
Après une si longue absence
Après plus de deux décennies d’obscurantisme et d’échecs sportifs, c’est en partie à lui que l’on doit le retour dans la lumière, matérialisée par la participation de la Suisse à la World Cup américaine en 1994, mettant un terme à 28 ans d’absence sur la scène internationale. Avec le Roy (Hodgson) à sa tête, l’équipe nationale avait su réveiller un enthousiasme populaire éteint.
Quelques jours après le match d’ouverture contre les États-Unis (1-1 à Détroit), la sensationnelle victoire contre la Roumanie du magicien Hagi - 4-1 grâce à des réussites signées Alain Sutter, Stéphane Chapuisat et Adrian Knup (2) - allait durablement s’inscrire dans l’histoire.
S’il n’avait pas participé directement en 1992 aux tractations «secrètes» ayant abouti à l’échange d’entraîneurs entre Uli Stielike (alors sélectionneur national) et Roy Hodgson (assis à l’époque sur le banc de la Maladière), Marcel Mathier avait validé la rocade imaginée par Gilbert Facchinetti, grand manitou de Xamax, avec la complicité active de Freddy Rumo, naguère patron de l’ASF.
Redoutable efficacité
Dans la foulée de l’avocat neuchâtelois, demeuré en poste entre 1989 et 1993, l’ancien modeste joueur du FC Sierre en 3e ligue allait continuer à dépoussiérer la fonction présidentielle, en faire davantage et surtout mieux qu’un simple rôle de représentativité. Homme affable, toujours prompt à vous donner le bonjour, Marcel Mathier cachait cependant bien son jeu.
Sans avoir l’air d’y toucher, l’œil toujours pétillant de malice, le dirigeant valaisan s’avérait d’une redoutable efficacité dans la maîtrise et l’avancée des dossiers qu’il gérait. Habile négociateur et golfeur patenté, c’est parfois sur les greens que cet avocat-notaire de métier obtenait gain de cause et bouclait ses affaires. Volontiers charmeur sinon taquin, il avait l’aisance de l’intriguant politicien de milice associé à l’aimable roublardise du Valaisan solidement ancré sur ses terres…
Avec Me Mathier, la Suisse du football a changé d’ère, entrant dans celle du professionnalisme. La base des centres de formations a été lancée, le département communication a été renforcé, de grandes firmes ont apporté leur contribution, à commencer par le Crédit Suisse, dont l’investissement en tant que sponsor principal des équipes nationales remonte à 1993.
Bien avant de s’installer dans le fauteuil présidentiel, il avait insisté pour obtenir l’engagement d’un directeur technique à l’ASF, de manière à favoriser aussi l’intégration des secondos issus de l’immigration. Pas la plus sotte des idées, convenons-en…
Le grand ami de Sepp Blatter
Habitué à fréquenter les hautes sphères du pouvoir, l’homme avait aussi ses entrées à la FIFA, où sa maîtrise du droit allait en faire un personnage central de la réforme des statuts. A Zurich comme dans le Vieux-Pays, il y retrouvait fréquemment son grand ami Sepp Blatter. Que pouvaient-ils se raconter? Quels arrangements entre amis ont-ils peut-être pu mettre sous toit voire manigancer à l’époque? Il n’y a jamais de lumière sans zones d’ombre.
Plus qu’un témoin privilégié, le dirigeant à la moustache blanche, auquel Ralph Zloczower, le président «consonnes», avait succédé en 2001, incarnait une époque. Celle où les réseaux sociaux n’existaient pas, celle où les Romands dictaient encore leur loi en sélection et qui devait préfigurer l’émergence d’une équipe nationale aussi ambitieuse que dorénavant crainte.
En septembre 1993, à l’occasion de l’un des ses premiers déplacements à l’étranger en tant que président de l’ASF, Marcel Mathier avait applaudi à Aberdeen au match nul que la Suisse avait obtenu contre l’Ecosse (1-1, égalisation de Bregy sur penalty). «Ce soir-là, devait-il souvent répéter par la suite, une équipe est née.»
Elle existe toujours aujourd’hui. Que l’homme de Sierre en soit pour cela remercié.