Tour de FranceCommentaire: le coup de barre de Pogacar est un cadeau
Le Slovène, engagé dans une bataille pour retrouver son maillot jaune après une rare défaillance dans les Alpes, peut profiter de l’occasion pour (re)conquérir le public. Et redorer son blason sans forcément changer de couleur de maillot.


Tadej Pogacar est un peu redescendu sur terre dans les Alpes.
AFPLe coup de mou de Tadej Pogacar dans le Granon, mercredi, a montré qu’un ogre peut avoir une faille. Largué par Jonas Vingegaard, le Slovène a terminé à plus de trois minutes du Danois. Lui, le double vainqueur du Tour de France promis à un troisième sacre avant même les premiers coups de pédale à Copenhague, n’est pas ou plus imbattable. Et la perte de son maillot jaune est une chance pour lui.
Car malgré sa communication bien huilée, son image de gendre idéal ou ses chaussures spéciales pour évoquer sa fondation pour la recherche contre le cancer (comme un certain Lance Armstrong), Tadej Pogacar commençait à agacer. Même ses clins d’œil à la caméra pendant la course ne faisaient plus rire.
C’est que le «petit» cannibale était devenu un poil trop grand et sa domination commençait à le rendre impopulaire. Le scénario ressemble un peu au film dramatique de la carrière de Chris Froome. Sifflé en jaune du temps de sa splendeur, redevenu un héros sur les routes françaises aujourd’hui. Il aura «suffi» au Britannique d’une terrible chute en 2019 et d’une longue lutte de retour pour redevenir «bankable». Le public est sans pitié.
Le Granon a coloré le jaune de Pogacar en blanc, tunique de meilleur jeune dont il se contrefout. Le coup d’arrêt, là-haut à 2500 mètres, donne au Slovène l’occasion de redorer son blason sans forcément changer de couleur de maillot. Sa défaillance lui permet d’amadouer ceux qui commençaient gentiment à le détester. Et son audace peut lui permettre de conquérir un nouveau public. De soigner son image. De conquérir de nouveaux fans.
Samedi, il a tenté de faire trembler Vingegaard en attaquant à plus de 180 kilomètres de l’arrivée. Plus tard, rebelote, sans davantage de réussite dans sa tentative de distancer son rival, collé dans sa roue. Dans son nouveau costume, Pogacar redevient un coureur attachant et alléchant. Le duel tactique et psychologique de Tadej contre Jonas nourrit tous les fantasmes pour la dernière semaine. La bataille de Pogacar face à l’armada Jumbo-Visma – seul contre tous – séduit les romantiques du vélo. Et probablement une bonne partie du grand public.
Le Granon a rendu à Pogacar son maillot de David. Dans sa lutte contre le cuissard de Goliath ces prochains jours, seul un coup de folie peut lui faire renverser le Tour. Comme celui de 2020, lorsqu’il avait crucifié son compatriote Primoz Roglic la veille des Champs-Élysées.
Vivement ses prochaines attaques, les Pyrénées et le chrono de Rocamadour. Qu’importe le vainqueur, pourvu qu’il y ait du suspense, tant pis pour les siestes. Ces 142 secondes à combler font notre bonheur. À Paris, Tadej Pogacar ne peut que sortir vainqueur de son duel.