Le sombre passé du joyau de la famille Blocher

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RévélationsLe sombre passé du joyau de la famille Blocher

Avant d’être rachetée par Christoph Blocher dans les années 1980, l’entreprise a produit une forme élaborée de napalm, une arme incendiaire utilisée dans plusieurs conflits.

Jonathan Zalts
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Jonathan Zalts
Avant de devenir le joyau industriel des Blocher, l’usine grisonne a produit des armes.

Avant de devenir le joyau industriel des Blocher, l’usine grisonne a produit des armes.

20min/Michael Scherrer

Un livre de l’historienne zurichoise Regula Bochsler sorti cette semaine jette une ombre sur le passé d’Ems-Chemie, l’usine basée dans les Grisons et source de fortune de la famille Blocher.

Étudié par les journaux de Tamedia, «Nylon und Napalm» revient sur la période précédant le rachat de l’entreprise par Christoph Blocher dans les années 1980. Cette dernière s’appelait alors Hovag et était impliquée dans des affaires plus que sensibles.

À la fin des années 1990. la société était ainsi épinglée dans une enquête de la Commission Bergier, chargée de faire la lumière sur le rôle de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale. On apprenait alors que Hovag avait employé d’anciens nazis dans la période d’après-guerre.

Mais dans l’œuvre de Regula Bochsler, on apprend également que l’usine basée à Damat/Ems (GR) produisait des armes. Elle est ainsi à l’origine de l’«opalm», une forme élaborée de napalm. Cette substance avait horrifié le monde suite à la publication d’images d’enfants lors de la guerre du Vietnam, avec parmi elles la très célèbre photo de la «petite fille au napalm».

Usage interdit

La Convention des Nations Unies a interdit l’usage de telles armes contre la population civile en 1980, mais l’opalm avait précédemment été utilisé au Yémen et en Indonésie. L’armée indonésienne en aurait notamment acheté 15 tonnes en 1960 pour la confection de près de 3500 bombes.

En 1952, l’opalm, jugé «plus efficace» que le napalm, avait également été proposé au Département militaire fédéral. Mais le Conseil fédéral l’avait alors jugé trop cher.

À noter que Hovag a été construite à base de fonds publics. Le canton des Grisons a lui-même été impliqué dans sa création

Accès refusé

Magdalena Martullo-Blocher, aujourd’hui à la tête d’Ems-Chemie, et son père ne sont évidemment pas liés au passé de leur entreprise. Mais ils n’ont pas contribué à le faire connaître pour autant.

Selon les journaux de Tamedia, cette sombre époque avait notamment été couverte lors d’une exposition marquant le 75e anniversaire de l’usine. Mais l’opalm n’a pas été mentionné un seul instant.

L’accès aux archives d’Ems-Chemie avait de plus été refusé à Regula Bochsler lorsque l’historienne zurichoise l’avait sollicité.

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