Football - Messi et Mbappé ne viendront pas à la Tuilière

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FootballMessi et Mbappé ne viendront pas à la Tuilière

Le fiasco sportif du LS révèle une succession d’erreurs de casting, dont l’enchaînement est en train de provoquer la perte des Vaudois. Recréer un lien de confiance prendra du temps.  

Nicolas Jacquier
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Nicolas Jacquier
Marvin Spielmann grimace. À l’image de son attaquant, Lausanne s’est à nouveau retrouvé au sol mercredi soir à Tourbillon (1-0 pour Sion).

Marvin Spielmann grimace. À l’image de son attaquant, Lausanne s’est à nouveau retrouvé au sol mercredi soir à Tourbillon (1-0 pour Sion). 

Pascal Muller/freshfocus


Lausanne-Sport ne devrait plus prendre la direction de Tourbillon à partir de l’été prochain, sauf pour y disputer peut-être un match de Coupe de Suisse. Relégué virtuel à défaut de l’être déjà mathématiquement, le club de la Tuilière peut sagement préparer son retour en Challenge League et ses retrouvailles avec Yverdon et le SLO pour autant de savoureux derbies vaudois en perspective. On se console comme on peut.

Conséquence de la nouvelle défaite concédée sur sol valaisan, sa culbute programmée sonne comme un cinglant désaveu pour Ineos. Au-delà des démentis de circonstance, c’est surtout la preuve que l’avenir même du LS n’intéresse que moyennement, voire pas du tout, le géant de la pétrochimie.

On n’est d’ailleurs pas loin de soupçonner le propriétaire d’avoir sciemment précipité la chute du club à considérer la manière dont le dernier mercato a été conduit. Comment peut-on empiler des latéraux quand le problème No 1 demeure depuis 18 mois – et la grave blessure de Turkes - l’absence rédhibitoire d’un buteur? À quoi sert-il de se créer autant d’occasions qu’à Tourbillon si vous ne disposez pas d’un finisseur pour les mettre au fond? Le recrutement tel que celui effectué par la lanterne rouge cet hiver témoigne à tout le moins de la grave méconnaissance du microcosme helvétique des «stratèges» tirant les ficelles depuis Nice. On ne se met pas en mode sauvetage avec des gens ignorant tout de la réalité de notre championnat.

Avant de détailler les raisons d’un tel échec, dissipons ici tout malentendu: s’il devait effectivement l’être dans quelques semaines, Lausanne ne sera pas relégué parce qu’il s’est incliné mercredi à Sion (1-0). À défaut d’être convaincante, il y a même livré une performance aboutie, qui l’aurait été encore davantage si le dernier geste avait suivi.

L’origine du mal

Non, ce qui a plombé le parcours du LS jusqu’à en faire cette saison une lanterne très rouge, ce sont bien les ambitions officielles du propriétaire, lesquelles n’ont jamais été traduites dans la réalité lors de la prise de pouvoir d’Ineos. Voilà qui renvoie à l’origine du mal, à ce malentendu que l’on ne finit pas de traîner comme un boulet.

Souvenez-vous de la reprise du club en novembre 2017, tombant sous la coupe de Jim Ratcliffe, plus grosse fortune de Grande-Bretagne, à la tête d’un empire. À l’époque, cela devait être la garantie, après les années Alain Joseph placées sous le signe de la rigueur et de l’austérité, de plonger dans une autre dimension. Les nouveaux dirigeants claironnaient d’ailleurs leur volonté de voir rapidement le LS régater avec Young Boys et Bâle, ce qui se fait de mieux en Suisse. On promettait titre et Coupes européennes dans un avenir proche…

Dans le nouvel écrin de la Tuilière, on attendait surtout des stars (et la lumière qui va avec) afin de faire rêver les Vaudois. Ineos qui recrute les meilleurs dans ses différents secteurs d’activité - pensons au cyclisme et à la voile par exemple - en y investissant chaque fois des dizaines de millions de francs, Lausanne allait inévitablement profiter de cette générosité – d’où l’incompréhension d’un public dupé sur les moyens financiers réellement engagés. Certains imaginaient même l’arrivée d’une pointure internationale - un Leo Messi et un Kylian Mbappé (ou l’équivalent même si l’on doute qu’il existe).

Le club a perdu son ancrage local

En lieu et place, on a eu droit à des étrangers de pacotille (et à l’obscurité qui va avec), à de faux renforts dans lesquels personne ne parvient à s’identifier. C’est tout le problème de ce LS déraciné, devenu un club hors-sol: à trop s’être coupé de ses racines, il a perdu son ancrage local. En gros, tout se passe comme si Lausanne, n’apprenant rien de ses erreurs, faisait tout pour ne pas être aimé en retour, s’éloignant volontairement d’une base qui, en retour, ne parvient plus à s’y reconnaître et le délaisse dans l’indifférence.

Après les débordements inadmissibles de dimanche dernier contre Lucerne, on l’a encore vu en ce milieu de semaine à Sion: toutes les critiques et la colère des fans se cristallisent sur la personne de Souleymane Cissé, l’homme qui incarne la frustration populaire. Le très contesté directeur sportif du LS a certainement commis des erreurs portant à conséquence mais n’est-il pas l’objet d’un enjeu le dépassant, faisant de Lausanne un club délaissé, très loin de l’OCG Nice, la tête de pont, en attendant peut-être un jour Chelsea?

Le vrai coupable ne serait-il pas Julien Fournier lui-même, responsable du département football chez Ineos, qui a traité le dossier LS avec une légèreté traduisant le peu de considération qu’il accorde à la Super League?  Sans doute la lecture des malheurs lausannois est-elle autrement plus complexe que les raccourcis simplificateurs auxquels on serait tenté de céder.

Ambitions renouvelées

Ce qui est sûr, c’est que la fin de saison promet d’être bien longue pour les naufragés de la Tuilière. Alors que la Challenge League n’a jamais été aussi proche, il leur faut éteindre une multitude de feux: échec sportif, fronde des supporters, stratégie douteuse, rejet du directeur sportif, etc. Restaurer ce lien de confiance rompu prendra du temps.

Ce mercredi, le neuvième revers consécutif du LS est intervenu quelques heures après la diffusion d’un communiqué évoquant la réunion intervenue la veille entre la direction du club et la Ville de Lausanne. Dans un souci de transparence plusieurs fois rappelé, toutes les questions qui fâchent auraient été abordées, aucune enfouie sous le tapis, nous dit-on.

CEO du club, Bob Ratcliffe a ainsi assuré ses interlocuteurs, notamment Philippe Leuba, ministre des Sports, de sa volonté d’installer Lausanne durablement parmi les meilleures équipes de Super League, tout en s’appuyant sur un fort ancrage local.

Soit. Voilà pour ce qui ressemble fort à un programme électoral et à de l’enfumage. Pour le moment, Lausanne en est quitte à aller probablement devoir se refaire une virginité en Challenge League. Ce sera toujours sans Léo Messi et Kylian Mbappé. En dépit des promesses, personne ne rêve plus à la Tuilière.

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