FootballAnalyse: Pour le FCZ, maîtriser, c’est gagner
Le leader de Super League est l’équipe la plus complète du championnat: elle est performante sur toutes les phases de jeu. La formation d’André Breitenreiter l’a démontré contre Bâle (4-2) dimanche.
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André Breitenreiter a mis en place une équipe capable d’être efficace à chaque instant des matches.
Claudio De Capitani/freshfocusIl va bien falloir finir par y croire. À treize matches de la fin de saison, le FC Zurich a encore dix points d’avance sur son premier poursuivant Young Boys. Son avance s’est même accrue depuis la reprise. Encore plus fort, le FCZ a probablement écarté définitivement le FC Bâle de la course dimanche, en battant 4-2 les Rhénans, qui pointent désormais à treize points.
La recette d’André Breitenreiter est désormais plus rodée que jamais. Personne ne parvient à lui dégager des failles. Peut-être parce qu’il n’y en a aucune de véritablement criante. L’analyse de la saison zurichoise, et en particulier du succès du week-end, met en exergue une formation qui maîtrise à peu près toutes les phases de jeu. Sans éclat, mais avec une efficacité qu’aucune autre équipe ne lui conteste. Décryptage.
Moins de ballon, plus de connexions
Une curiosité, d’abord, qui raconte ce qu’elle veut bien raconter: excepté Sion et ses 43,6% de possession, Zurich est l’équipe de Super League à avoir le moins le ballon. Il ne l’a que 45% du temps, et cela ne l’empêche donc pas de gagner des matches et de dominer son sujet. Constat simple, mais pas simpliste: l’utilisation de la balle se veut efficace, et donc verticale. L’idée doit s’appliquer à toutes les situations offensives, que l’action soit placée ou qu’elle ait une visée plus rapide et directe.
Encore faut-il choisir les bons circuits. Les sorties de balle depuis Brecher se font avec deux défenseurs centraux (avant de reprendre sa forme initiale). L’un des recours les plus récurrents du FCZ est la combinaison sur les côtés. Le système en 3-4-1-2 (comme dimanche) ou en 3-5-2 (moins fréquent) la facilite. Les extérieurs Adrian Guerrero à gauche et Nikola Boranijasevic incarnent des portes de sorties fiables. Les deux défenseurs centraux excentrés (Aliti et Omeragic) n’ont jamais de peine à accompagner les actions. Les milieux que sont Blerim Dzemaili et Ousmane Doumbia cherchent également à se connecter au jeu. Et le meneur Antonio Marchesano est celui qui facilite tout et qui peut trouver les attaquants (Tosin et Kramer dimanche, mais Ceesay et Gnonto sont aussi beaucoup utilisés). Bref, il y a toujours le moyen de mettre de la densité sur les ailes et donc de combiner à trois ou quatre avec des appels complémentaires.
Il y a là une bonne manière de fixer l’adversaire. Puis, en sortant rapidement de la zone, Zurich peut alors se déployer d’une façon bien plus directe et rapide dans les espaces qui se sont ouverts. C’est naturellement une priorité pour les Zurichois. La qualité de passe de Dzemaili ou Marchesano permet de faire fructifier les appels de leurs rapides attaquants. Il y a ainsi une volonté de projection, de verticalité dans ce FCZ. Les conduites de Becir Omeragic pour aller fixer le bloc-équipe adverse et trouver une passe dans l’intervalle se font d’ailleurs de plus en plus régulières. Signe d’une équipe qui prend aussi confiance avec ballon, sans jamais s’enfermer dans le futile.
Entre pressing et repli
Voilà quelques mois, les doutes quant à la défense zurichoise étaient légitimes. L’association Omeragic-Mirlind Kryeziu-Aliti n’avait rien de forcément évident, encore moins pour jouer le titre de champion suisse. Parce que ce ne sont pas les individualités les plus solides de Super League. En revanche, l’animation défensive du FCZ a été pensée non seulement pour protéger l’arrière-garde, mais aussi pour être efficaces dans toutes les zones du terrain.
Avec un aspect agressif, pour lequel la réception de Bâle a servi d’exemple. Lorsqu’il faut presser parce que l’adversaire cherche à repartir depuis derrière, Zurich peut le faire. Son système lui permet d’ailleurs de répondre à différentes configurations. Mais il comporte certains principes immuables: l’orientation sur les côtés et le marquage individuel à l’intérieur. Le second point conditionne le premier. Les milieux zurichois se calquent sur leurs vis-à-vis, qu’ils suivent à la trace. Cela contraint l’adversaire à viser d’autres zones, à savoir les ailes et les latéraux. Sur lesquels sont toujours prêts à sortir Guerrero et Boranijasevic, bien couverts par le reste de l’équipe.
Le fait d’aller chercher plutôt haut permet à Zurich de ne pas subir continuellement. Parce que leur système de jeu est structurellement plus friable en bloc médian. Il est par exemple facile de le contourner et de créer des supériorités sur les côtés. Ce qu’il faut éviter. Alors, lorsque le pressing est éliminé ou sur des phases de jeu qui commencent dans leur camp, il leur est imposé de se replier. Des efforts que l’ensemble de l’équipe est prompt à effectuer.
Ainsi, dans leur tiers de terrain, les Zurichois parviennent à être solides. L’activité d’Ousmane Doumbia (le milieu de Super League à disputer le plus de duels et à réussir le plus de tacles) contribue à protéger la défense. Les couvertures mutuelles (Omeragic et Aliti n’hésitent par exemple jamais à sortir au contact d’un adversaire dos au but) garantissent un contrôle de la zone du ballon. Et puis, surtout, la force du nombre finit par faire beaucoup de différences. Zurich est en effet la formation qui contre le plus de tirs adverses. Avec un indicateur clair, qui dit leur imperméabilité: avec 0,101 xG par tir subi, aucune formation ne concède des occasions de moins bonne qualité à ses adversaires. L’efficacité, toujours.
La transition, pour faire la différence
Mais ces phases de jeu placées ne seraient rien sans une maîtrise des transitions. La perte de balle pourrait représenter un point faible, avec le risque de voir les trois défenseurs exposés. Cela est plus d’une fois survenu lors de la première partie de saison. Mais un peu moins depuis la reprise, et presque jamais contre Bâle. En raison, peut-être, de la faiblesse de ce dernier sur ses opportunités, mais aussi grâce à une défense préventive plus accomplie: il y avait le plus souvent un milieu pour protéger l’arrière-garde.
À la récupération, en revanche, Zurich est probablement l’équipe la plus létale du pays. C’est ainsi qu’il finit souvent par s’assurer des victoires qui commençaient à se dessiner. La vitesse et les capacités de projection des extérieurs comme des attaquants représentent un bon moyen de faire le break.
Dimanche, les quatre buts sont intervenus de la sorte. Avec notamment des jaillissements d’Omeragic qui ont lancé des contre-attaques (sur les trois premiers buts zurichois). Au FCZ, le danger peut venir de partout. Et qu’importe la phase de jeu. Comme un champion?