Conflit Israël-HamasDonner la vie et naître à Gaza en plein cauchemar
Dans la bande de Gaza pilonnée par l’armée israélienne, 50’000 femmes sont enceintes et plus de 180 accouchent quotidiennement sans nulle part où aller, selon l’ONU.

Faute de place dans les hôpitaux, submergés par les blessés quand ils ne sont pas détruits par des bombardements, les mères et leurs nouveau-nés sont livrés à eux-mêmes.
AFPPetits poings fermés, des yeux sombres écarquillés: Mohammed Koullab n’est âgé que de quelques jours. C’est le septième de la fratrie et il est né quelques semaines après le début de la guerre entre Israël et le Hamas, dans la bande de Gaza. «Sa naissance a été l’expérience la plus difficile de ma vie», raconte la mère du bébé. «On ne devrait pas naître dans ces circonstances.»
Fadwa Koullab a quitté sa maison à Rafah pour s’installer avec sa famille dans une école de l’ONU, de cette ville du sud du territoire palestinien, dans l’espoir d’échapper aux bombardements de l’armée israélienne qui pilonnent le territoire depuis début octobre. Elle se dit démunie et incapable de protéger ses enfants.
Plus de 11’000 personnes, en majorité des civils, incluant plus de 4500 enfants, ont été tuées dans les frappes israéliennes sur la bande de Gaza, selon le gouvernement du Hamas, au pouvoir à Gaza. Six bébés prématurés sont morts au cours des derniers jours, faute d’électricité dans les hôpitaux du nord du territoire, la partie la plus touchée par les combats.
Comment allaiter quand on manque d’eau et de nourriture?
Comme plusieurs mères de nouveau-nés interrogées à Gaza, la maman de Mohammed affirme que celui-ci refuse d’être allaité. «Je ne mange pas bien», concède Fadwa Koullab, qui cherche des explications, elle qui a nourri au sein «tous (ses) enfants».
Les femmes allaitantes sont censées boire environ trois litres d’eau par jour et augmenter leurs rations alimentaires pour pouvoir produire du lait maternel. Or, l’accès à une eau propre et aux vivres est chaque jour plus difficile à Gaza. Fadwa Koullab dit aussi peiner à trouver du lait maternisé et des couches.
À 37 ans, Najwa Salem tient dans ses bras son deuxième fils, enveloppé dans plusieurs couvertures épaisses. Le nourrisson a la jaunisse, mais aujourd’hui à Gaza, plus de la moitié des hôpitaux sont hors service et les autres n’ont pas assez de carburant pour assurer toutes les séances de photothérapie. Pour minimiser les risques d’atteinte neurologique, il faudrait l’exposer à la lumière du jour. Or, sa mère hésite à cause des «ordures qui s’entassent et des bombardements».
Dans la salle de classe d’une école de Rafah où elle vit désormais avec environ 70 autres personnes, elle s’inquiète: la cicatrice de sa césarienne s’infecte. L’hôpital où elle a accouché l’a forcée à partir, après une nuit, «parce qu’ils avaient trop de blessés à soigner», dit-elle. La poussière, omniprésente après les bombardements, est une autre menace, en particulier pour les enfants prématurés souffrant de difficultés respiratoires.
«C’est une crise de notre humanité»
Dans la bande côtière, 50’000 femmes sont enceintes et plus de 180 accouchent quotidiennement sans «nulle part où aller», affirme Dominic Allen, représentant du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) dans les Territoires palestiniens. «Nous estimons qu’au moins 15% des naissances impliqueront des complications qui exigeront des soins obstétriques», indisponibles à Gaza en guerre, note-t-il.
L’UNFPA décrit une situation «cauchemardesque»: une femme quittant l’hôpital, trois heures après son accouchement, une pénurie de sang pour soigner celles atteintes d’hémorragie après l’accouchement, des soins de cicatrices de césarienne ou du cordon ombilical sans aucune solution antiseptique. «Ce cauchemar à Gaza est bien plus qu’une crise humanitaire, c’est une crise de notre humanité», lâche Dominic Allen.