France«On est en train de décapiter les maths, c’est dramatique»
Les enseignants sont inquiets de la place accordée aux maths avec la réforme du lycée. Plus obligatoire, la matière est délaissée, et particulièrement par les filles.

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PexelsDepuis la réforme du lycée français en 2019, les maths sont enseignées sous forme de spécialité, en dehors du tronc commun. Elles ne sont plus obligatoires à partir de la Première, et peuvent être suivies comme spécialité. Or, le constat est sans appel: «Avant la réforme, 90% des élèves suivaient un enseignement de mathématiques en Terminale», mais seulement «59% l’ont choisi l’an dernier en spécialité ou option», ont souligné, dans un communiqué, des associations et sociétés savantes de maths.
Réactions indignées
«On est en train de décapiter les maths, c’est dramatique», résume Sébastien Planchenault, président de l’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public (APMEP). «On est dans une orientation dès l’âge de 15 ans, et les élèves n’ont pas la possibilité clairement de s’orienter dès cet âge-là». Pour Yvan Monka, professeur en lycée à Haguenau (Alsace), «c’est la catastrophe». «Il manque un enseignement commun pour tous», explique-t-il, tandis que «la spécialité maths est jugée trop difficile, et les élèves qui ne sont pas très à l’aise ont peur de la choisir». Et «en Terminale, énormément d’élèves arrêtent».
L’Éducation nationale est «en train d’empêcher une majorité d’élèves d’avoir des connaissances ou une culture mathématiques solides», déplore le Snalc, syndicat des lycées et collèges. Pour lui, «le désastre est évident». «On n’a plus ces élèves qui allaient en S et se disaient «j’essaie, on verra bien ce qui se passe». C’est devenu très élitiste», renchérit François Desnoyer, enseignant dans un lycée de Toulouse.
Inégalités filles/garçons
Les associations alertent également sur un autre biais de la réforme, l’aggravation des inégalités filles/garçons. «La part des filles dans l’enseignement de spécialité mathématiques en Terminale est redescendu au-dessous du niveau de 1994, chutant de près de huit points, après deux ans de mise en place de la réforme», ont-elles déploré. En 2021, la part des filles en spécialité maths était de 39,8% en Terminale, contre 47,5% en Terminale S avant la réforme, détaillent-elles, citant des chiffres du ministère.
Le mathématicien Jean-Pierre Bourguignon avait regretté aussi qu’«en deux années, on ait perdu 20 ans d'efforts». Pour Mélanie Guenais, vice-présidente de la Société mathématique de France, «il y a vraiment un problème qu’il faut prendre à bras-le-corps». Les inégalités filles/garçons sont «beaucoup plus criantes aujourd’hui», ajoute le professeur François Desnoyer, passé dans ses classes d’une «moitié de filles» en Première S à «plutôt huit filles pour quinze garçons» en spécialité maths.
Plus de spécialisation
Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, lui, se félicite que «l’orientation vers les études scientifiques» soit «en train de s’accentuer» pour les élèves qui ont choisi la spécialité. Selon un rapport de l’Inspection générale de l’Education (IGESR) sur l’affectation des bacheliers 2021, publié mercredi, «les profils qui s’orientent vers les sciences le font de manière plus forte que les anciens profils de terminale S».