Qatar 2022Face à la Suisse, le Cameroun se voit déjà vainqueur
Pour l’immense majorité des Camerounais, dont leur Fédération de football, le duel contre les Suisses fait office de formalité. Seul le Brésil semble être un digne adversaire à leurs yeux sur la route du titre.
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Dans le discours, le Cameroun ne craint rien ni personne. Et sur le terrain?
REUTERSLorsque le Cameroun passe en mode Coupe du monde, la cause est commune. Des plus hautes instances aux foyers les plus modestes, on se pare d’un même discours, d’une même posture: l’équipe nationale sera championne du monde.
La carte de l’espoir est abattue comme une évidence. Le peuple camerounais rêve communément d’un avenir européen, là où le football constitue le pont le plus valorisé pour rejoindre le Vieux-Continent. Cette même carte possède une seconde face. Elle représente une forme d’allégeance à l’empereur. Pas le chef de l’État, celui de la Fédération de foot: l’adulé Samuel Eto’o. Le guide a pronostiqué publiquement une victoire des Lions au Qatar (face au Maroc en finale). Ses disciples suivent.
Si les employés de la Fecafoot ont reçu l’ordre de leur boss de ne pas s’exprimer publiquement, il semble que les compliments et les discours d’espoir ont le droit de fuiter. C’est dans ce contexte qu’Alex Owona, un membre de la Fédération, par ailleurs président d’un club de première division locale, a répondu positivement à notre demande d’interview. Avant de livrer un message qu’on n’était pas forcément prêt à recevoir: «Les trois points contre la Suisse sont déjà comptabilisés.» Il faut projeter ce discours dans la bouche de Dominique Blanc, le président de l’Association suisse de football, pour bien prendre la mesure du changement de dimension d’un pays à l’autre.
La mémoire comme voix de la nuance
Le patron du Renaissance FC accepte de s’étendre un peu. Il imagine un destin à la George Weah, ex-star du football devenu président du Libéra, à son chef. Il évoque cet argent qui ne sort plus du football camerounais, mais qui entre. Il loue la capacité de Samuel Eto’o de s’entourer des meilleurs partenaires pour le bien du pays et de son football. Et, donc, il parle de son équipe nationale comme du premier pays africain sur le point de s’emparer de la Coupe du monde. «Pour ça, il faut des bons joueurs – on les possède – et un état d’esprit sans faille – notre plus grande force actuelle. La finale du groupe, ce sera notre match contre le Brésil. J’ai confiance.»
«Je connais l’envers du décor, l’importance de ne pas se projeter et d’attaquer les matches les uns après les autres.»
Il a fallu attendre un coup de fil avec Aurélien Chedjou pour entrevoir de la nuance dans le paysage camerounais. C’est que l’ex-international aux 49 sélections a connu les deux derniers passages du Cameroun au Mondial, en 2010 et en 2014. Résultat: six matches, six défaites.
«Je n’en veux à personne de rêver. Il faut savoir que mes compatriotes sont optimistes de nature, sourit-il. En tant qu’ancien joueur, je sais avec quels yeux on nous regarde depuis le pays. Mais je connais aussi l’envers du décor, la difficulté de remporter une rencontre à ce niveau, l’importance de ne pas se projeter et d’attaquer les matches les uns après les autres.» Bref, tout ce que l’équipe de Suisse espère faire comprendre à son adversaire, jeudi.