Royaume-UniLa justice autorise l’expulsion de migrants vers le Rwanda
Alors que le premier avion doit décoller la semaine prochaine, un juge de la Haute Cour de Londres a levé les recours de deux associations vendredi. Lors de l’audience, l’ONU a condamné le projet.
A quelques jours des premiers départs prévus, la justice britannique a autorisé vendredi le projet controversé du gouvernement de renvoyer au Rwanda des demandeurs d’asile, rejetant le recours d’associations de défense des droits humains.
«Dans l’intérêt public»
Le juge de la Haute Cour de Londres Jonathan Swift, qui examinait l’affaire en urgence, a jugé «important dans l’intérêt public que la ministre de l’Intérieur puisse mettre en oeuvre des décisions de contrôle de l’immigration». Les plaignants, dont les associations Care4Calais et Detention Action, ont interjeté appel, qui sera entendu lundi à la veille d’un premier vol transportant une trentaine de demandeurs d’asile vers le pays d’Afrique de l’Est, au grand dam de l’ONU et d’associations d’aide aux réfugiés qui dénoncent une politique «illégale».
Lundi, la Haute Cour doit entendre un autre recours, intenté par l’association d’aide aux réfugiés Asylum Aid. Sonya Sceats, directrice générale de l’association Freedom From Torture, s’est dit «déçue» mais a souligné que le combat était «loin d’être terminé», promettant d’utiliser «tous les moyens disponibles» pour que soit abandonné ce qu’elle considère comme un «programme néocolonial».
Ce projet très décrié a aussi été dénoncé vendredi par l’opposition travailliste comme une tentative de «diversion» face aux scandales politiques affaiblissant le Premier ministre Boris Johnson. En envoyant des demandeurs d’asile à plus de 6000 kilomètres de Londres, ce qui rappelle la politique menée par l’Australie, le gouvernement conservateur compte dissuader les traversées clandestines de la Manche, toujours plus nombreuses.
«Grave et irréparable»
Depuis le début de l’année, plus de 10’000 migrants ont traversé illégalement la Manche pour atteindre les côtes britanniques sur de petites embarcations, une hausse considérable par rapport aux années précédentes, déjà record.
Lors de l’audience, l’ONU a vivement condamné cette stratégie, par la voix de son avocate. Représentant le Haut commissariat aux réfugiés (HCR), Me Laura Dubinsky a déclaré que l’agence onusienne s’inquiétait du risque de «préjudice grave et irréparable» causé aux réfugiés renvoyés au Rwanda, et n’approuvait «en aucun cas l’arrangement anglo-rwandais».
«Le HCR n’est pas impliqué dans l’arrangement entre le Royaume-Uni et le Rwanda, malgré les affirmations contraires de la ministre d’Etat», a-t-elle souligné, accusant le gouvernement de mensonges. Selon l’organisation Care4Calais, quelque 35 Soudanais, 18 Syriens, 14 Iraniens, 11 Egyptiens mais aussi 9 Afghans ayant fui les talibans font partie des plus de 130 demandeurs d’asile qui se sont vus notifier leur possible départ.