Désespérés, des migrants sautent des navires humanitaires

Publié

ItalieDésespérés, des migrants sautent des navires humanitaires

Bloqués en Méditerranée, tout près des côtes de la Sicile, les migrants sauvés en mer souffrent. «Leur niveau de stress psychologique est très élevé», estime un membre de Médecins sans frontières.

Le «Geo Barents» a accosté à Catane dimanche soir, et les autorités italiennes ont autorisé 357 personnes à débarquer, dont des enfants, tout en refusant l’entrée à 215 autres.

Le «Geo Barents» a accosté à Catane dimanche soir, et les autorités italiennes ont autorisé 357 personnes à débarquer, dont des enfants, tout en refusant l’entrée à 215 autres.

REUTERS

Au bout de leur tragique odyssée, les migrants bloqués à bord des navires humanitaires au large de la Sicile, par le gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni, se jettent littéralement à l’eau, au péril de leur vie. Avec sa coalition, la cheffe du parti Fratelli d’Italia s’est engagée à «défendre les frontières» de l’Italie, en empêchant les navires des ONG opérant en Méditerranée d’entrer dans les ports italiens, pour y débarquer les milliers de migrants qu’ils secourent chaque année.

Lundi, trois migrants ont sauté en mer du «Geo Barents», un navire géré par Médecins sans frontières (MSF), pris au piège dans un face-à-face entre les ONG qui patrouillent en Méditerranée et le nouvel exécutif italien. Du pont des bateaux de sauvetage, les migrants ont vu la côte sicilienne, sans pouvoir la fouler. Les trois hommes ont été rapidement récupérés, selon MSF, qui porte secours aux migrants effectuant la traversée périlleuse entre l’Afrique du Nord et l’Europe.

Le sénateur démocrate Antonio Nicita, de retour à quai à Catane, reconnaît que «la situation est tendue» à bord des navires humanitaires mouillant au large du port sicilien. «Sur les navires, la nervosité règne, les activistes calment les esprits. Beaucoup de migrants se sont déshabillés face à nous pour nous montrer leurs infections sur les parties intimes», a-t-il témoigné, évoquant des cas de gale.

«Le navire a ses limites en termes d’assistance médicale»

Le «Geo Barents» a accosté à Catane dimanche soir, et les autorités italiennes ont autorisé 357 personnes à débarquer, dont des enfants, tout en refusant l’entrée à 215 autres. L’un des migrants a ensuite été évacué par ambulance après s’être plaint de douleurs abdominales aiguës, a indiqué MSF lundi, soulignant que les autres étaient de plus en plus vulnérables. «Leur situation, leur niveau de stress psychologique est très, très élevé», estime Riccardo Gatti, le chef de recherche et de sauvetage de l’ONG. «Le navire a ses limites en termes d’assistance médicale.»

Non loin du port se trouve le bateau sous pavillon allemand «Humanity 1», qui a débarqué 144 personnes dimanche. À son bord demeurent toujours 35 migrants adultes de sexe masculin, auxquels la permission de débarquer a été refusée. Un décret du gouvernement italien, publié vendredi, stipule que le navire n’a été autorisé à accoster en Italie que le temps nécessaire pour identifier les passagers en «situation d’urgence». Selon son opérateur, l’organisation caritative SOS Humanity, les autorités italiennes ont décidé, après un «bref» examen médical, que les 35 hommes étaient «en bonne santé».

Salvini critique les «voyages organisés»

Quelques jours après son installation, le ministre de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, a estimé que les migrants sur les navires de secours humanitaires étaient de la responsabilité de l’État sous le drapeau duquel les bateaux naviguent – en l’espèce ils sont norvégiens et allemands. Matteo Salvini, le patron de la Ligue, poursuivi pour avoir bloqué en mer des navires humanitaires en 2019, alors qu’il était ministre de l’Intérieur, a dénoncé, lundi, des «voyages organisés» qui «financent les armes et la drogue».

(AFP)

Ton opinion