Football – Une Super League confrontée à l’exode

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FootballUne Super League confrontée à l’exode

Le mercato d’hiver a été actif en Suisse. 26 joueurs ont quitté les clubs de l’élite pour l’étranger. Avec des stratégies bien variées.

Valentin Schnorhk
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Valentin Schnorhk
Michel Aebischer, qui a signé à Bologne, est l’un des 26 joueurs à avoir quitté la Suisse cet hiver.

Michel Aebischer, qui a signé à Bologne, est l’un des 26 joueurs à avoir quitté la Suisse cet hiver.

Twitter @BfcOfficialPage

La Super League a le destin qui est le sien. Celui d’un tremplin. En football, la Suisse est l’une des antichambres du football européen. Y performer peut ouvrir des portes. De grands championnats, ou en tout cas de ligues plus puissantes que la Super League. Ce mois de janvier a été agité pour les clubs helvétiques: pas moins de 26 joueurs ont quitté nos frontières pour aller s’établir ailleurs. Les barrières se sont refermées lundi soir dans le sens des départs, et il n’y en aura normalement pas plus. En revanche, pour ce qui est des arrivées, il peut y en avoir jusqu’au 15 février, le marché suisse se laissant toujours davantage de temps. Histoire de ne pas rater des bonnes affaires.

Seul le FC Zurich n’a pas laissé filer de joueur à l’étranger durant ce mercato.

Seul le FC Zurich n’a pas laissé filer de joueur à l’étranger durant ce mercato.

Yannick Michel/Données: Swiss Football League

Reste que la Super League que l’on connaissait avant Noël n’est plus tout à fait la même. À l’exception du leader Zurich (qui a simplement laissé partir Pollero à Lausanne et Koide à Xamax) et de Lugano (qui a trouvé une porte de sortie au Français Monzialo en D2 autrichienne), tous les clubs de l’élite ont accepté de laisser partir vers l’étranger au moins un joueur important de leur première partie de saison. Avec bien des raisons de tamponner le visa. Photographie et analyse de ce petit exode.

Young Boys, la vente d’opportunité

Silvan Hefti, parti de Young Boys pour le Genoa.

Silvan Hefti, parti de Young Boys pour le Genoa.

freshfocus

Avec cinq départs, dont quatre majeurs, Young Boys est sans doute le club de Super League à avoir été le plus délesté. Presque étonnant, sachant que les Bernois comptent encore huit points de retard sur Zurich et ne sont donc de loin pas assurés de remporter un cinquième titre consécutif. En laissant filer Michel Aebischer, Silvan Hefti, Christopher Martins et Jean-Pierre Nsame, ce sont des cadres qui feront défaut. Logique, en plein milieu de saison?

Les cas sont différents. S’agissant des deux premiers, leur départ était probable. Peut-être même préparé. Aebischer aurait très bien pu quitter YB l’été dernier, mais les offres ont manqué. Elles sont finalement arrivées, avec le départ du Fribourgeois pour Bologne. Il a des remplaçants (Sierro, Rieder). Pareil pour Hefti, avec Maceiras et Blum (revenu de son prêt à Yverdon).

Et puis, il y a des questions d’opportunités pour le directeur sportif Christoph Spycher. Avec le départ d’Aebischer, le milieu de terrain ne devait plus être touché. Mais lorsque le Spartak Moscou propose – selon les échos russes – près de 10 millions d’euros pour Christopher Martins (acheté 2 millions à Lyon à l’été 2019), dur de s’y opposer. L’accepter, c’est faire preuve de rationalité et de bonne gestion. Départ imprévu, mais qui sera logiquement remplacé dans les jours à venir.

Quoi qu’il en soit, Young Boys a de la ressource. En début de saison, son effectif a été construit pour jouer sur tous les tableaux, et notamment celui de la Coupe d’Europe. Mais ce printemps, les Bernois n’ont plus que le championnat à disputer. Il fallait forcément être souple, accepter de dégraisser. Notamment devant, où entre Elia, Kanga, Mambimbi et Siebatcheu, l’entraîneur David Wagner n’était pas en manque. Encore moins avec le retour de blessure de Jean-Pierre Nsame. La porte a donc été ouverte au Camerounais, qui a rejoint la Serie A et Venise. Mais en prêt, avec option d’achat. «JP» reviendra peut-être. Mais YB considère qu’il peut, pour la première fois, remporter un titre sans l’homme aux 98 buts.

Bâle, des caisses à remplir

Arthur Cabral, parti de Bâle pour la Fiorentina.

Arthur Cabral, parti de Bâle pour la Fiorentina.

Twitter @ACFFiorentina

Cas différent sur les bords du Rhin. En manque de liquidités et confronté à un déficit structurel de 30 millions de francs, le FC Bâle s’active pour dépenser le moins et encaisser le plus. Les nombreux prêts enregistrés confirment cette volonté de se renforcer à moindre coût. Les ventes d’Arthur Cabral et Edon Zhegrova rappellent la nécessité de faire entrer du cash, pour rendre viable le projet du propriétaire David Degen. Et cela au détriment du sportif.

Parce que ce sont deux éléments offensifs capitaux qui ont quitté le FCB. Cabral a empilé les buts comme personne durant la première partie de saison, alors que Zhegrova a eu ses habituels coups d’éclat. Mais avec une rentrée effective dans les caisses d’environ 18 millions de francs pour ces deux-là, l’intérêt suprême ne se situait pas sur le terrain. Tâche à l’entraîneur Patrick Rahmen de trouver le bon moyen de les faire oublier. En attendant le prochain départ.

À Sion, le dégraissage

Autre club à avoir dénombré de nombreux départs, le FC Sion avait, lui, une tout autre approche. Peut-être guidée par la raison. À force d’empiler les contrats, le club valaisan dispose depuis longtemps du plus grand loft de Suisse. Certains en sortent, d’autres y rentrent, en fonction des choix des entraîneurs successifs. Même si intervient toujours un moment où trop de joueurs sont oubliés. Il importait donc de s’en séparer, avant d’enregistrer de nouvelles arrivées.

Bien avant donc de signer Loris Benito et Gaetano Berardi lundi, Sion avait laissé partir quatre joueurs: Andersson, Khasa, Ruiz et Wakatsuki. Quatre éléments qui n’entraient plus dans les plans de Paolo Tramezzani depuis trop longtemps. Sage décision, donc. Même si on dénombre encore 37 joueurs sous contrat dans les rangs sédunois à l’heure actuelle!

La loi du marché

Cameron Puertas, parti de Lausanne pour l’Union Saint-Gilloise.

Cameron Puertas, parti de Lausanne pour l’Union Saint-Gilloise.

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Parfois, les clubs n’ont pas vraiment leur mot à dire. Il n’y a ni stratégie, ni réelle planification. C’est le cas de certains joueurs, partis à l’étranger alors qu’ils restaient importants pour leur équipe. Mais le joueur n’est pas un objet. Il a du pouvoir, et les clubs en subissent les conséquences. Il faut souhaiter que les directeurs sportifs aient anticipé en amont, histoire de ne jamais être vraiment pris au dépourvu.

Cameron Puertas en est assurément l’un d’eux. Son départ du côté de l’Union Saint-Gilloise n’était pas attendu de sitôt. Face à la détermination du joueur de s’en aller et avec un arrangement financier acceptable, le Lausanne-Sport n’a eu d’autre choix de céder. Même si cela représente une sacrée perte dans l’opération maintien. Avec le départ tardif (peu avant minuit lundi) d’Elie Youan également en Belgique (à Mechelen), Saint-Gall perd aussi une valeur sûre. Mais les Brodeurs ont compensé avec plusieurs arrivées de choix.

Autre exemple: Grejohn Kyei. Sous contrat avec Servette jusqu’en juin, le Français avait depuis longtemps refusé de signer une quelconque prolongation. Pour s’éviter un casse-tête (faire jouer un joueur qui ne s’inscrit plus dans le projet ou non?), les Grenat avaient intérêt à faciliter un départ. En fin de soirée lundi, Kyei a trouvé un point de chute, en Ligue 1, à Clermont. Et cela arrange tout le monde.

Perte conséquente, mais inévitable. Comme pour Grasshopper, qui ne dépend pas vraiment de lui-même. Les Sauterelles sont au service de Wolverhampton (leur propriétaire chinois est le même), qui envoie et reprend des joueurs selon ses propres intérêts.

Ce fut le cas du prometteur défenseur Toti Gomes. Autour d’un bon début de saison, le Portugais a été «rapatrié» par le club anglais. D’abord à titre d’essai, avant très vite d’être aligné en Premier League. GC, et son coach Giorgio Contini, ne pouvant que l’accepter. Il y en aura probablement d’autres dans les mois à venir (le Japonais Kawabe, notamment). En attendant, d’autres joueurs sont arrivés sur les bords de la Limmat. Avec le même objectif.

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