Guerre en Ukraine: Et si les armes tombaient entre de mauvaises mains?

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Guerre en UkraineEt si les armes tombaient entre de mauvaises mains?

Depuis le début de l’offensive militaire russe en Ukraine, plusieurs pays occidentaux ont envoyé des armes en soutien à Kiev. Ce qui ravive l’inquiétude sur les risques de trafic.

l’Ukraine est connue pour avoir été une plaque tournante du trafic d’armes à la fin des années 1990.

l’Ukraine est connue pour avoir été une plaque tournante du trafic d’armes à la fin des années 1990.

Image d’illustration/AFP

Depuis le début de l’offensive militaire russe en Ukraine, plusieurs pays occidentaux ont annoncé la livraison d’armes lourdes comme légères en soutien à Kiev pour l’aider à se défendre face aux troupes russes. Washington a – entre autres – fourni ou promis des centaines de «drones suicides» Switchblade, 7000 fusils d’assaut, 50 millions de balles et munitions diverses, des roquettes à guidage laser, des drones Puma, ou encore des radars anti-artillerie et anti-drones.

Si ce soutien à Kiev est parfaitement «compréhensible», il est indispensable d’évaluer les «conséquences sécuritaires» d’un tel transfert d’armes, insiste le Stimson Center américain. «Nous avons vu à maintes reprises comment des armes visant à aider un allié dans un conflit se sont retrouvées sur les lignes de front de champs de bataille imprévus, souvent entre les mains de groupes en désaccord avec les intérêts américains ou ceux de civils», mettait-il en garde en mars.

«Utilisation abusive»

«Cela est particulièrement vrai pour les armes légères et de petit calibre, qui présentent certains des risques les plus élevés de perte, de détournement vers le marché illicite ou d’utilisation abusive», ajoute-t-il. Au vu de l’histoire récente de l’Ukraine, le risque de détournement est loin d’être fictif. Après l’effondrement de l’Union soviétique, nombre d’armes ukrainiennes avaient été détournées vers d’autres pays et d’autres zones de conflit.

En 2014, l’invasion de l’Ukraine par la Russie s’accompagne d’un nouveau pillage du stock d’armes et de munitions ukrainiennes, notamment dans l’Est et en Crimée. Au moins 300’000 armes légères et de petit calibre ont ainsi été pillées ou perdues entre 2013 et 2015, selon le projet de recherche Small Arms Survey (SAS) de l’IHEID de Genève. Seules 4000 ont été depuis retrouvées.

Contrairement aux flux vers l’étranger constatés à la chute de l’Union soviétique, le trafic après 2014 s’est concentré principalement à l’intérieur de l’Ukraine, nourrissant le marché noir, selon le SAS. L’une des explications «pourrait résider dans le fait que la demande d’armes légères est restée élevée en Ukraine après 2015, ce qui pourrait être en partie lié au conflit non résolu dans l’est du pays et à l’anxiété générale à l’égard des conditions de sécurité locales», relève Matt Schroeder, chercheur du programme.

«Peu de transparence»

Aux Etats-Unis, la question de la surveillance de l’utilisation finale des armes envoyées en Ukraine avait été soulevée avec inquiétude dès 2020 par l’inspecteur général du Pentagone. Des ONG ont également tiré la sonnette d’alarme, pointant un manque «de transparence sur les mesures d’atténuation des risques ou de surveillance que les États-Unis et les autres pays envoyant des armes à l’Ukraine ont prises».

«C’est une illusion de penser que dans un contexte de guerre, on peut contrôler les armes qui circulent», estime Nils Duquet qui, tout en «comprenant» le soutien à Kiev, s’inquiète des conséquences à terme. «Ces armes que vous voyez en Ukraine en ce moment, elles resteront dans la région, entre les mains de toutes sortes de personnes, des organisations criminelles ou autres», note-t-il Confirmation d’un haut gradé français: «Quand on verra des braquages de banque au (missile américain) Javelin, on va moins rigoler.»

(AFP)

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