Football – Analyse: Lausanne, le courage de ne pas être ridicule

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FootballAnalyse: Lausanne, le courage de ne pas être ridicule

Face à Young Boys, l’équipe d’Ilija Borenovic a fait preuve d’audace. Avec sorties de balle sous pression, flexibilité tactique et intensité sans ballon.

Valentin Schnorhk
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Valentin Schnorhk
Au Wankdorf, Ilija Borenovic a animé son équipe pour qu’elle se permette d’oser gêner Young Boys. Cela a été proche de fonctionner.

Au Wankdorf, Ilija Borenovic a animé son équipe pour qu’elle se permette d’oser gêner Young Boys. Cela a été proche de fonctionner.

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Le ridicule ne tue pas, mais il est mieux de l’éviter. Cette fois, face à Young Boys, le Lausanne-Sport d’Ilija Borenovic ne l’a pas été. Après le 6-1 de la Tuilière le mois dernier, il y a donc eu le 3-2 du Wankdorf. Deux défaites, mais en laissant une impression bien différente. Samedi, le LS avait un plan déroulé sous le signe de l’audace, et tout cela est au final bien différent. Chronique d’un revers qui n’entretient rien d’autre que l’espoir.

Audace et flexibilité

Face au champion de Suisse, Lausanne n’a pas été un dominateur de tous les instants. Ce n’est pas ce qui lui était demandé. Mais les Vaudois ont fait plus que contrarier YB, en reconduisant le 4-3-3 qui leur avait permis de battre Grasshopper le week-end précédent. Ne serait-ce que sur le plan de la possession: avec un partage relativement équilibré (54% en faveur des Bernois), c’est le signe que la troupe de Borenovic a joué crânement sa chance, avec l’idée d’utiliser le ballon le plus intelligemment possible.

Et ce dès les sorties de balle de Mory Diaw. Comme de coutume avec le LS, elles ont été le plus souvent courtes. C’est un principe auquel les Lausannois se tiennent, avec plus ou moins de réussite selon les matches. Samedi, il fallait tout de même un certain cran pour le faire au Wankdorf, face au pressing parfois étouffant de leurs adversaires. Audacieux.

Mais pas sans succès. Avec un certain pragmatisme: la deuxième ou troisième passe lausannoise pouvait être longue. Parce que Young Boys est haut et que l’espace se trouve dans son dos, mais aussi en raison du temps qui se réduisait. Reste que dans le meilleur des cas, Lausanne est parvenu à éliminer le pressing des joueurs de la capitale en les fixant d’un côté pour basculer de l’autre. La densité imposée par YB était battue et le LS pouvait avancer.

Avec le ballon, les joueurs de Borenovic ont donc osé. Mais cela se conjugue à certains principes. Par exemple, la paire de défenseurs centraux Grippo-Monteiro recevait le soutien du latéral gauche Anel Husic lorsqu’il s’agissait de construire le jeu. Manière de créer une supériorité numérique face aux deux attaquants bernois (Siebatcheu-Mambimbi en 1re période, puis avec Kanga en seconde), et de se rapprocher du système à trois défenseurs auquel Borenovic était fidèle pendant plusieurs rencontres.

Un adaptation tactique qui rendait flexible le LS. En phase offensive, il s’animait en 3-5-2, avec Coyle sur le côté gauche et Zohouri à droite. Pendant que Mahou s’associait à Amdouni sur le front de l’attaque, offrant de la profondeur dans l’axe. Cette animation mouvante n’est pas tout à fait nouvelle pour Lausanne. Il y avait déjà recouru lors de la 1re journée contre Saint-Gall (défaite 2-1). Avec plus de réussite cette fois-ci: la largeur a souvent été très bien exploitée par les Lausannois, amenant une bonne partie des situations chaudes.

Un 4-4-2 intense

Le courage a donc fait vivre Lausanne, jusqu’à encaisser le 3-2 à la 82e minute, après être remonté deux fois au score. Ce fut aussi prégnant sans ballon, et cela a quelque chose de nouveau. Rares ont été les prestations lausannoises aussi intenses. C’est notamment ce qui a permis à Cameron Puertas et ses coéquipiers de regarder droit dans les yeux YB pendant une grosse partie du match.

Le positionnement du LS sur les sorties de balle de Von Ballmoos. Dans la moitié de terrain de Young Boys, l’orientation est individuelle.

Le positionnement du LS sur les sorties de balle de Von Ballmoos. Dans la moitié de terrain de Young Boys, l’orientation est individuelle.

Car Lausanne a été agressif. Dès les relances de David von Ballmoos, avec un placement très haut dans le terrain, et un marquage individuel sur toute la moitié de terrain adverse. Compliqué donc pour le portier bernois de repartir dans l’axe. Et dès la première passe vers un côté, l’objectif du LS était de densifier la zone du ballon, pour empêcher YB de sortir proprement. Souvent avec succès.

Reste qu’il n’est pas facile de presser longtemps un adversaire comme Young Boys. Ne serait-ce que parce que Vincent Sierro a souvent décroché à la hauteur de ses défenseurs, rendant plus compliquée la tâche de le suivre aussi loin pour un milieu (Thomas, en l’occurrence). Alors, Lausanne est allé jusqu’au bout de sa flexibilité avec un bloc médian en 4-4-2, où Puertas accompagnait Amdouni pour empêcher les défenseurs centraux bernois d’avancer à l’intérieur du jeu.

L’axe était donc difficilement pénétrable pour YB. Mais les Bernois y sont habitués. Il fallait pour Lausanne être prêt à bloquer les côtés aussi. Ils l’ont donc fait, avec un effort particulièrement important effectué par les deux ailiers nominaux (Coyle à gauche, Mahou à droite), qui suivaient à la trace les latéraux Hefti et Garcia. Jusqu’à former parfois une ligne de six défenseurs devant la surface.

Mais là où l’équipe de Borenovic a été particulièrement efficace, c’est dans son habileté à rendre cette approche défensive active et agressive. Autrement dit, le porteur de balle adverse était toujours mis sous pression. C’est ainsi que le LS a inscrit le 1-1 dans une 1re période où il faisait clairement jeu égal. De l’agressivité, une récupération et puis une conservation du ballon intelligente pour se créer de l’espace et égaliser. Le courage n’est jamais ridicule. Une leçon pour la suite?

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