Lutte suisse : Les femmes veulent aussi porter la culotte

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Lutte suisseLes femmes veulent aussi porter la culotte

De plus en plus de femmes souhaitent en découdre dans la sciure. En Suisse, elles sont 200 licenciées. Reportage un jour de duels.

La lutte suisse a 200 licenciées, un chiffre en constante augmentation.

La lutte suisse a 200 licenciées, un chiffre en constante augmentation.

AFP/Fabrice COFFRINI

La lutte suisse, sa culotte de jute et sa chemise à edelweiss étaient une affaire d’hommes pendant des siècles. Mais les femmes, de plus en plus nombreuses, veulent aussi en découdre dans la sciure de bois.

Si 6000 hommes sont licenciés, il n’y a que 200 femmes et filles officiellement inscrites et face aux traditions bien ancrées, elles ont été forcées de créer leurs propres compétitions, même si la pratique est identique. Mais pour beaucoup une union entre les deux circuits n’est qu’une question de temps: les juges, les familles et les lieux de compétition sont très souvent les mêmes.

AFP/Fabrice COFFRINI

Mais pas encore cette année. L’épreuve masculine de la grande fête romande de lutte s’est déroulée au lendemain de l’épreuve féminine sur les quatre mêmes anneaux couverts de sciure de bois à Romanel-sur-Lausanne.

Les lutteuses «ne sont toujours pas acceptées parmi les hommes – pas dans la même fédération», constate Anne Cardinaux, présidente du comité d’organisation, «mais elles essaieront d’y arriver un jour».

Peu de spectateurs

Si quelques milliers de spectateurs étaient attendus pour voir les hommes, ils étaient seulement quelques centaines la veille.

«On expose le sport. Des gens qui ne le connaissent pas le découvrent», explique Brigitte Foulk, porte-parole de l’Association romande de lutte suisse féminine, fondée en 2019.

Et la poignée originale de lutteuses dans l’ouest francophone est maintenant passée à 34 combattantes. «Cela grandit petit à petit, par le bouche-à-oreille. Les soeurs voient leurs frères lutter et veulent essayer», souligne Mme Foulk.

Une génisse comme récompense

A Romanel-sur-Lausanne, les lutteuses se sont affrontées par 32 degrés Celsius et après une journée qui a vu chacune affronter six adversaires dans des combats de 5 minutes, elles se sont rafraîchies en plongeant la tête dans un abreuvoir.

AFP/Fabrice COFFRINI

Musique traditionnelle et yodel sont de mise et le premier prix pour les hommes est généralement un taureau. Cette année, égalité oblige, Isabel Egli, championne du festival de Romanel-sur-Lausanne, a gagné une génisse.

Un prix exceptionnel. «Il y a cinq ans, nous avons gagné un pot de miel et tout le monde était content», se souvient une concurrente, Franziska Ruch, présidente de l’Association fédérale de lutte féminine.

Isabel Egli avec son prix.

Isabel Egli avec son prix. 

AFP/Fabrice COFFRINI

Des mentalités à changer

Le visage couvert de sciure, Antonia Bucher (18 ans)  explique que la plupart des lutteuses sont issues d’une famille où un frère, un père pratique la lutte suisse ou, comme dans son cas, en suivant l’exemple d’amis.

L’apprentie charpentière reconnaît que «tout le monde n’accepte pas» les femmes. «Les hommes plus âgés pensent que les femmes (devraient) être aux fourneaux. Pas tous, mais beaucoup.»

AFP/Fabrice COFFRINI

Bob Blanchette, l’un des principaux juges du festival de Romanel, évoque les pourparlers en cours pour que la fédération nationale masculine partage ressources et opportunités avec les femmes.

«Il n’y a aucune raison pour que les femmes ne puissent pas y participer et que les hommes ne puissent pas les aider à promouvoir le sport, a-t-il dit. Cela a été beaucoup de travail pour changer les mentalités.»

Quant à la championne Isabel Egli, l’infirmière de 26 ans originaire de la région de Lucerne, elle raconte qu’elle a du mal à réaliser l’exploit qu’elle a accompli. «C’est juste magnifique», lance t-elle.

(AFP)

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