L’improbable élection du mal-aimé de la politique biennoise

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Grand Conseil bernoisL’improbable élection du mal-aimé de la politique biennoise

Ses quatre prédécesseurs ayant refusé le siège, l’UDC Korab Rashiti a été élu avec quatre à cinq fois moins de voix que des candidats d’autres partis

Vincent Donzé
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Vincent Donzé
Les idées de Korab Rashiti embarrassent jusque dans son parti.

Les idées de Korab Rashiti embarrassent jusque dans son parti.

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«C’est peut-être une première suisse», avance le journaliste et politicien bernois Mohamed Hamdaoui. Avant même le début de la nouvelle législature du Grand Conseil bernois, c’est le quatrième viennent-ensuite d’une liste UDC qui occupera le siège obtenu par ce parti. Korab Rashiti figurait sur une liste francophone qui comprenait des candidats alémaniques. Ses quatre prédécesseurs ont tous refusé le poste.

Le pari gagné du parti, dans le cercle électoral Bienne-Seeland, c’est d’obtenir un quatrième siège réservé à la députation francophone, en vertu de l’évolution démographique. Était élu sur la Liste 3: Luca Francescutto (Bienne, 912 voix), suivi par Anja Senti (Jens, 879), Patrick Widmer (Bienne, 872), Leander Gabathuler (Nidau, 711) et Korab Rashiti (Gerolfingen, 676). Et c’est Korab Rashiti qui siégera avec quatre à cinq fois moins de voix que des candidats d’autres partis recalés le 27 mars dernier.

Championne suisse

L’élu de cette liste romande s’est désisté parce que la fonction de député est incompatible avec son emploi de policier, en vertu de la séparation des pouvoirs. Le parti a ensuite demandé à la championne suisse de tir Anja Senti de renoncer au siège obtenu, vu qu’elle est Alémanique. Trop accaparé par son entreprise, le président le l’UDC biennoise Patrick Widmer s’est désisté à son tour, tout comme l’Alémanique Leander Gabathuler, mal placé pour défendre les francophones.

Cette élection est-elle une «compilation d’absurdités qui font douter de la politique et détournent un nombre grandissant de personnes de cette belle activité citoyenne», comme l’écrit sur Facebook un député non réélu? Pourquoi se présenter quand on ne peut pas siéger?

Cinquième choix de sa liste, Korab Rashiti passe aux yeux de certains pour un extrémiste qui n’a jamais fait de la défense des francophones une priorité. Pour un ancien préfet socialiste très remonté, ce «député fascistoïde que même l’UDC considère comme incontrôlable» ne représente «ni les Romands, ni son parti». Korab Rashiti s’est confié au matin.ch:

Que signifie votre élection?

«Dans notre démocratie, concilier la politique de milice et la vie professionnelle n’est pas toujours facile. Ceux qui me précèdent ont été choisis sur leur nom sans faire intensément campagne. Les médias locaux n’ont pas organisé de débat, si bien que chacun dans son couloir, il est difficile de sortir de lot».

D’autres candidats romands ont échoué avec cinq fois plus de voix…

«Les règles sont comme elles sont et notre parti a gagné un siège avec une stratégie consistant à élargir l’électorat pour renforcer la francophonie».

Comment défendre les francophones de Bienne en habitant à Gerolfingen?

«C’est un faux procès: je suis né à Bienne, où j’ai vécu mes premières amours et où j’ai fait toute ma scolarité en français. Je suis un Romand et je souhaite bonne chance à ceux qui voudront démontrer le contraire».

Quelle est votre première ambition de député?

«Je proposerai de décentraliser les institutions cantonales: une administration dans le Jura bernois, c’est un geste fort. Ce qui me tient aussi à cœur en constatant que 90% des offres d’emploi exigent le suisse allemand, c’est une formation équivalente pour les Romands et les Alémaniques».

Êtes-vous un extrémiste de droite?

«On essaie de me coller cette étiquette, mais non! À 20 ans, j’avais la carte du Parti socialiste… Je suis un libéral et même un «libertarien», mais les idées libérales sont mal interprétées. Je suis contre les frontières, en faveur de la mobilité. Je défendrai les droits des citoyens telles qu’ils sont inscrits dans la Déclaration des droits de l’homme de 1789, par-dessus le débat gauche-droite. Je prône le droit à la différence en dehors d’un schéma de pensée établi, une coopération sociale au lieu d’une justice sociale».

C’est-à-dire?

«Avec l’argent que je gagne, je veux pouvoir décider de mes soutiens sans passer par un appareil d’État».

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