Un film, pour ne pas oublier Mix & Remix dans son carton à dessins

Publié

CinémaUn film, pour ne pas oublier Mix & Remix dans un carton à dessins

Cinq ans après la disparition du génial dessinateur de presse romand, Frédéric Pajak évoque l’homme à travers le regard de ceux qui l’ont aimé.

Michel Pralong
par
Michel Pralong

La bande-annonce de «L’ami: portrait de Mix & Remix».

Caravel Productions/Agora Films

Le 19 décembre 2016 est un jour où Mix & Remix n’a fait rire personne. Le célèbre dessinateur de presse romand décédait à 58 ans d’un cancer du pancréas. Plus de 5 après, son ami et éditeur Frédéric Pajak sort ce 4 mai en salles un film qui lui est consacré: «L’ami: portrait de Mix & Remix». Il retrace le parcours de celui qui a quitté son Saint-Maurice (VS) natal pour venir faire l’artiste à Lausanne, de ses débuts graphiques sur fond musical de la Dolce Vita jusqu’à la révélation de son génie humoristique. Un succès qui va littéralement le dévorer.

Il y a beaucoup d’émotion dans l’évocation de ce parcours brutalement interrompu et une énorme tendresse pour celui dont le vrai nom était Philippe Becquelin. La nostalgie du propos est contrebalancée par les rires que déclenchent, toujours, les nombreux dessins de Mix qui parsèment le film. Ils ont marqué les mémoires, mais c’est justement pour qu’on ne se souvienne pas que d’eux que Pajak a voulu faire ce film. «J’y ai pensé presque tout de suite après son enterrement, nous raconte-t-il. Je me suis dit que le pire qui pouvait arriver à Philippe, c’est d’être oublié. J’ai édité plusieurs livres de Mix, dont le dernier récemment, «Le monde selon Mix & Remix» et il y a encore matière à en faire plusieurs autres. Mais je voulais aussi qu’on se souvienne ou qu’on connaisse l’homme qu’il était».

«Le monde selon Mix & Remix»

«Le monde selon Mix & Remix»

Éd. Les Cahiers Dessinés

«Ce film s’appelle «L’ami» et pas «Mon ami», car j’y fais témoigner 30 personnes qui étaient proches de lui. Chacun dit quelque chose d’émouvant sur Mix, lui qui était si pudique, si poli». Chacun évoque le Mix qu’il aimait, que ce soit son épouse et leurs deux enfants, en passant par ses amis dessinateurs Noyau et Anna Sommer, ses sœurs Hélène et Laurence ou encore le journaliste Antoine Duplan, qui l’avait fait entrer à «L’Hebdo». «J’ai réalisé des interviews d’une heure et demie avec chacun, pour n’en garder au final que quelques minutes. Cela devait être un film pour la télévision, il passera d’ailleurs ensuite sur la RTS, mais c’était exclu de se limiter à 52 minutes. Alors la RTS m’a dit d’accord, fais un film de 1 h 20 et on va te le laisser d’abord l’exploiter au cinéma».

«C’était un chouette gars»

En retraçant le parcours chronologique de Mix, en écoutant les gens lui en parler, Frédéric Pajak a lui-même découvert des aspects qu’il méconnaissait de son ami. «Je savais qu’il était proche de sa famille, mais j’ignorais à quel point il était un bon père. C’était un chouette gars, cela me l’a rendu encore plus sympathique. Cela m’a fait pleurer, ce film. J’ai aussi réalisé à quel point la musique était importante pour lui et la connaissance qu’il en avait. C’est colossal tout ce qu’il a dessiné sur le sujet. J’ai 12 000 dessins de lui et je vais aussi préparer un livre sur Mix et la musique».

Ce que l’on apprend également dans ce film, c’est à quel point le dessinateur s’était mis la pression. De «L’Hebdo» au «Matin Dimanche», en passant par ses collaborations à «Siné Hebdo» ou l’émission de la RTS «Infrarouge», il voulait à chaque fois faire au mieux, ne savait pas dire non lorsqu’on lui demandait un dessin. Lui qui fut le guet de la cathédrale de Lausanne n’a pas vu venir le drame. Et quand on lui diagnostiquera un cancer du pancréas, il en sera presque soulagé: il allait enfin avoir une excuse pour ne plus croquer l’actualité. Ses derniers mois, il les passera en revenant à ses premières amours, le retour au graphisme, le trait pour l’évocation du mouvement, non plus du rire.

«Philippe est à côté de nous»

«Tout ce film, du financement à la production, en passant par le tournage a été comme si je me plongeais dans un bain d’eau chaude, la même sensation agréable, s’étonne presque Pajak. Ce fut comme une évidence et tout s’est déroulé dans une atmosphère extraordinaire. «On sent que Philippe est à côté de nous» m’a dit sa famille après avoir vu le film».

«L’ami» est un documentaire qui vous touche parce qu’en effet, c’est le portrait d’un chouette gars. Mais il nous rappelle également que Mix & Remix fut un dessinateur de presse majeur, l’un des plus grands et que son regard acéré sur l’actualité nous manque. Terriblement.

«L’ami: portait de Mix @ Remix», réalisé par Frédéric Pajak, sortie en salle le 4 mai, durée 1 h 20, âge légal 8 ans, suggéré 12 ans.

«L’ami: portait de Mix @ Remix», réalisé par Frédéric Pajak, sortie en salle le 4 mai, durée 1 h 20, âge légal 8 ans, suggéré 12 ans.

Caravel Productions/Agora Films

Ton opinion

0 commentaires