ABUS SEXUELS DANS L’ÉGLISERome examine l'accès aux dossiers suisses
La Congrégation pour la doctrine de la foi pourrait ouvrir ses archives aux chercheuses de l’Université de Zurich. En parallèle, la Conférence des procureurs de Suisse envisage une enquête pénale intercantonale sur les cas d’abus au sein de l’Eglise.

Archives/Photo d’illustration.
AFPLe pape François a élevé hier à Rome 21 hommes de Dieu au rang de cardinal, rapporte le «SonntagsBlick». Parmi eux, Víctor Manuel Fernández, chef de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) qui traite à la fois des questions relatives à la doctrine de l’Eglise et des questions disciplinaires. Ses archives contiennent ainsi aussi des dossiers sur des cas d'abus sexuels en Suisse. Des dossiers qu’aimeraient consulter les chercheuses de l'Université de Zurich qui ont révélé l’ampleur des situations d’abus dans l’Eglise catholique en Suisse le 12 septembre dernier.
Víctor Manuel Fernández indique au journal dominical devoir analyser la demande: «D'une part, nous voulons de la transparence. De l'autre, il y a dans les archives des témoignages de personnes qui ont demandé le secret absolu. Nous ne pouvons pas aller à l'encontre de la volonté de ces personnes.» Toutefois, en discussion avec la conférence épiscopale italienne, il indique vouloir examiner «ce que nous pouvons faire concrètement sans contredire la volonté de plusieurs personnes».
Possible ouverture des dossiers diplomatiques du Vatican
«Et qu'en est-il des dossiers sur les abus sexuels à la nonciature de Berne?», interroge le journal zurichois. Jusqu'à présent, l'ambassadeur du pape en Suisse, l'archevêque Martin Krebs, a refusé d'ouvrir ses archives aux chercheuses de l'Université de Zurich. Interviewé par le «SonntagsBlick», le cardinal secrétaire d'Etat Pietro Parolin, supérieur hiérarchique de l’archevêque, estime que si les évêques suisses déposaient une demande dans ce sens, elle sera examinée. Les dossiers diplomatiques sont soumis au secret, mais la possibilité de donner un accès ponctuel uniquement aux dossiers d'abus peut être étudiée, selon Pietro Parolin.
Le nonce valaisan Emil Paul Tscherrig, autre nouveau cardinal nommé samedi par le pape François, a indiqué ne pas pouvoir commenter l’étude qui a révélé les abus commis au sein de l’Eglise catholique, car il ne vit pas en Suisse.
La Sapec demande l’intervention de Berne
En attendant que le Vatican décide de l’ouverture de ses dossiers diplomatiques, des voix s'élèvent en Suisse pour réclamer une intervention du gouvernement. Dans une lettre ouverte à la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider, l'association romande de protection des victimes Sapec demande qu'elle ne laisse pas l'Eglise seule dans la mise en place d'un tribunal ecclésiastique national, car «comment être sûr de l'impartialité d'un tel tribunal qui dépendrait exclusivement de l’Eglise?», rapporte le «SonntagsBlick».
Le Département fédéral de l’intérieur indique que «pour la conseillère fédérale, la question d'un tribunal ecclésiastique national ne se pose pas actuellement. Elle mise sur la justice pénale en vigueur en Suisse», écrivent ses services. Une réponse qui déçoit la Sapec qui argue que, contrairement au droit pénal séculier, le droit ecclésiastique peut lever la prescription lors de cas d'abus.
Jacqueline Fehr lance un projet d’enquête pénale intercantonale
Jacqueline Fehr, la ministre zurichoise de la Justice et des Affaires religieuses, prévoit une initiative du Ministère public à l'échelle nationale pour le dossier des abus sexuels au sein de l’Eglise catholique, indique le «SonntagsBlick»: «Madame Fehr a donné au procureur général en chef du canton de Zurich le mandat d'élaborer, en collaboration avec la Conférence des procureurs de Suisse (CPS), une proposition pour une enquête pénale intercantonale sur les cas d'abus et leurs circonstances», a fait savoir sa porte-parole.
Procureurs extraordinaires
Selon la CPS, on pourrait imaginer des procureurs extraordinaires chargés d’enquêter au-delà des frontières cantonales. Mais un tel processus devrait être initié par la politique, selon la porte-parole de Jacqueline Fehr. Cette dernière veut maintenant se concerter avec d'autres cantons.
Les excuses du cardinal Kurt Koch
Le cardinal suisse Kurt Koch présente ses excuses suite à la révélation de 1002 cas d’abus sexuels au sein de l’Eglise catholique suisse. Celle-ci a révélé, entre autres, qu’il n’avait pas transmis au Ministère public plusieurs accusations d’abus sexuels sur mineurs contre un prêtre de son diocèse, révèle une enquête du «SonntagsBlick».
Le cardinal admet que c’était une erreur de ne pas avoir pris les mesures prévues dans de tels cas. L’office du personnel aurait d’abord voulu clarifier le cas personnellement et la démarche n’aurait pas visé à dissimuler quoi que ce soit. Quant à son successeur, Felix Gmür, il serait «parti du principe que l'évêque de l'époque, Kurt Koch, avait tout fait en son âme et conscience», selon ses services.