SantéAssurance maladie: la progression fulgurante du prix des médicaments «onéreux»
Mais jusqu’où iront les pharmas pour mettre sur le marché des traitements à des prix exorbitants? Le Parlement prépare une réponse molle.


La prescription des nouveaux médicaments onéreux passe par les médecins.
Getty ImagesCes derniers mois, certains politiciens ont fait des propositions pour réformer l’assurance-maladie. Le PLR a lancé une assurance low-cost pour petits budgets. Baptiste Hurni (PS/NE) et Pierre-Yves Maillard (PS/VD) ont relancé un projet de caisse unique. La Fédération romande des consommateurs a proposé un gel des primes. Enfin la conseillère aux États zurichoise Natale Rickli (UDC/ZH) a estimé qu’il fallait remettre en cause le caractère obligatoire de l’assurance. Ces propositions n’aboutiront probablement jamais telle quelle. Mais, comme on dit, elles ont le mérite d’entretenir le débat à la veille d’une nouvelle augmentation de primes pour 2024.
À Berne, il n’y a pas une session, où le Parlement ne débat pas de réformes de la LAMal. Lors de la session d’automne qui débute lundi, le Conseil national traitera le 28 septembre du 2e volet des «mesures visant à freiner la hausse des coûts dans la santé». Dans celui-ci figure la problématique des médicaments dits «onéreux». Depuis plusieurs années, ces traitements exorbitants contre le cancer défraient la chronique. Ce dossier est emblématique de la difficulté qu’il y a à réguler des prestations qui prennent l’ascenseur et contribuent à faire grimper les coûts et les primes.
100’000 francs par an
Dans un rapport de juillet 2020, la Surveillance des prix a fait le point sur cette problématique: «Certains nouveaux médicaments ou nouvelles thérapies sont très efficaces, d’autres moins, écrit-il. Mais ils ont ceci en commun que leur coût est souvent très élevé, dépassant parfois 100’000 francs par patient et par an». L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a constaté qu’en 2018, sur 90 demandes d’inscription sur la liste des médicaments pris en charge par les caisses maladie, près de la moitié avait un coût supérieur à 100’000 francs par patient et par an.
2,1 millions la dose
Entre 2015 et 2020, les coûts de ce type de médicaments à charge de l’assurance de base ont augmenté de 38% pour dépasser les 2 milliards. «Les prétentions toujours plus grandes des fabricants en matière de prix accroissent la pression sur le système de santé suisse», note le rapport du Surveillant des prix. Il cite le cas d’une «thérapie génique» de chez Novartis, qui permet de guérir le cancer du sang chez les enfants et les adolescents. Elle revient à 370’000 francs. Certains assureurs ont négocié un rabais «mais ce prix faisant l’objet d’un contrat confidentiel, le montant payé effectivement n’est pas connu». Dans un récent article sur le sujet, «Avenir Suisse» a révélé qu’en Suisse, le prix de la thérapie génique la plus chère remboursée par l’assurance-maladie de base s’est élevé à 2,1 millions de francs pour une dose!
Un modèle de prix confidentiel
«Confidentiel», le mot est lâché. Le prix de ces traitements étant largement choquants pour le citoyen lambda, il est dans l’intérêt des pharmas de les dissimuler. Le Conseil fédéral défend ce système: «Dans certains cas, seuls des modèles de prix confidentiels permettent de garantir un accès rapide et aussi avantageux que possible à des médicaments vitaux et onéreux. C’est notamment ce que montre l’expérience d’autres pays, où la confidentialité a été nécessaire pour obtenir des remboursements importants et, partant, fixer des prix économiques».
Année après année, la faîtière Interpharma publie un «Moniteur de la santé», dans lequel elle rappelle à chaque fois combien les patients en Suisse raffolent de nouveaux médicaments et de thérapies innovantes. En 2022, elle affirme: «95% des personnes interrogées estiment que toutes les personnes résidant en Suisse doivent pouvoir profiter du progrès médical». Pour la faîtière: «Se focaliser uniquement sur les coûts n’est ni utile, ni ne mène au but».
Plus de transparence
À Berne, une majorité de la Commission des institutions politiques du Conseil national a cependant dénoncé le caractère opaque du prix des médicaments onéreux et cette exception faite «au principe de la transparence». Pour cette commission: «De l’avis de la majorité, l’intérêt des citoyens et consommateurs à pouvoir connaître dans tous les cas le prix réel des médicaments doit l’emporter sur toute autre considération».
L’assurance Helsana dans son rapport sur les médicaments de 2022 écrit: «Les modèles de prix ne maîtrisent guère les coûts, car l’industrie n’est pas incitée à accepter des prix inférieurs aux réglementations légales actuelles en matière de prix. Les éléments des modèles de prix qui manquent de transparence devraient être réduits autant que possible au lieu d’être légitimés». En 2021, le coût des médicaments a dépassé pour la première fois les 8 milliards de francs en Suisse et la part des «modèles de prix» pour les traitements onéreux a fait un bond spectaculaire comme le montre le graphique ci-dessous d’Helsana.

Les autorisations pour des médicaments onéreux à des prix confidentiels ont connu une hausse spectaculaire ces dernières années. Pour le cancer, cela représente environ 1 milliard de francs aujourd’hui.
HelsanaQuel contrôle?
Mais à Berne, c’est plutôt la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique qui s’occupe de ce dossier. Le 5 juillet dernier, elle s’est ralliée au Conseil fédéral «en faveur de modèles de prix confidentiels». Toutefois, elle propose d’instituer un «organisme indépendant» pour «contrôler le nombre de ces modèles de prix et de s’assurer de leur efficacité et de leur économicité». Autrement dit, les fabricants et les pharmas ont gagné avec une solution sur mesure que le Parlement va débattre durant cette session. Si la proposition est acceptée, ils pourront continuer de pratiquer leur politique de prix à l’abri des regards et, on peut le dire, du potentiel de scandale public qu’elle représente.
À la fin de son rapport, la Surveillance des prix a établi huit propositions. On retiendra la dernière sur la transparence des coûts: «Le fabricant qui souhaite qu’un médicament soit remboursé par l’assurance-maladie doit en contrepartie offrir une transparence maximale. Car il s’agit, somme toute, de deniers publics». Pas seulement publics, mais aussi privés à travers nos primes qui s’envolent.