Le No 2 du Hamas tuéÀ Beyrouth, le bureau du mouvement palestinien passait inaperçu
La frappe de mardi soir contre le Hamas est la première menée dans les environs de la capitale libanaise depuis le début de la guerre.

Le bâtiment qui a vraisemblablement été touché par une frappe israélienne visant le chef adjoint du Hamas, Saleh al-Aruri, dans la banlieue sud de Beyrouth, le 3 janvier 2024.
AFPLes habitants du secteur animé de la banlieue sud de Beyrouth où le numéro deux du Hamas a été tué mardi soir par une frappe attribuée à Israël ignoraient que l’immeuble visé abritait les bureaux du mouvement islamiste palestinien. Deux des étages du petit immeuble qui ne paie pas de mine ont été entièrement soufflés par trois frappes de drones, qui ont tué Saleh al-Arouri et six autres cadres du Hamas.
Dans ce fief du Hezbollah libanais, des militaires de l’armée bloquent mercredi matin le secteur, qui fourmille de militants en civil du puissant mouvement pro-iranien, vêtus de noir. «Trois frappes de drones israéliens ont visé l’immeuble», assure un responsable du Hezbollah sur place, qui a requis l’anonymat, confirmant le bilan de sept morts.
Sur un terrain vague en face de l’immeuble, où une voiture est carbonisée et d’autres très endommagées, des secouristes relevant du Hezbollah collectent des débris et recherchent des restes humains. «J’ai entendu trois explosions, j’ai d’abord cru que c’était le tonnerre», dit Ahmad, un homme de 40 ans qui travaille dans une pâtisserie voisine. «Personne ne savait qu’il y avait ici un bureau du Hamas», a-t-il ajouté, préférant de pas donner son nom de famille.
Le bâtiment visé, où se tenait une réunion des formations palestiniennes selon l’agence officielle libanaise Ani, est entouré de commerces, d’immeubles résidentiels et de cliniques.
Saleh al-Arouri était l’un des principaux stratèges militaires du Hamas, engagé dans une guerre meurtrière dans la bande de Gaza avec Israël qui a juré de l’annihiler depuis l’attaque sans précédent menée par le mouvement palestinien le 7 octobre sur le sol israélien. La rue Hadi Nasrallah, du nom du fils du chef du Hezbollah tué lors de combats avec l’armée israélienne en 1997, est jonchée de débris de verre que les commerçants s’emploient à déblayer.
«Guerre d’annihilation»
«J’étais chez le dentiste, à quelques mètres», affirme Mohammad Bourji, 46 ans, qui dénonce «cet assassinat au milieu d’une zone résidentielle». «La banlieue sud est le pouls de la résistance. Elle avait déjà été la cible d’une guerre d’annihilation, tout comme c’est le cas à Gaza», affirme-t-il, en référence aux violents bombardements israéliens de cette banlieue de Beyrouth notamment pendant la guerre de 2006 entre le Hezbollah et Israël.
Le capitaine Ali Farran, chef de la police pour la banlieue sud de Beyrouth, évoque lui aussi la guerre de 2006: «nous avons fait l’expérience d’Israël en 2006 quand il a détruit la banlieue (…) et nous nous attendons au pire. On pourrait voir au Liban, dans la banlieue, ce que nous voyons à Gaza».
Les principales institutions du Hezbollah sont basées dans la banlieue sud de Beyrouth qui abrite 800’000 habitants selon l’officier. Plusieurs figures du Hamas en exil sont établies au Liban, sous la protection du Hezbollah. L’un des principaux responsables du mouvement, Oussama Hamdane, tient des conférences de presse quasi-quotidiennes dans un local de la banlieue sud de la capitale libanaise. Le Hezbollah a également accueilli dans son fief des opposants bahreinis ou des rebelles yéménites. L’assassinat du responsable du Hamas est une «grave agression contre le Liban» qui «ne restera pas impunie», a-t-il prévenu.
Son chef, Hassan Nasrallah, doit prononcer un discours programmé à l’avance mercredi soir. Depuis le début, le 7 octobre, de la guerre entre le Hamas et Israël, le Hezbollah s’est cantonné à lancer des attaques quotidiennes depuis le sud du Liban contre Israël qui réplique en bombardant les villages frontaliers. Ces violences transfrontalières ont fait plus de 165 morts dont plus de 120 combattants du Hezbollah du côté libanais.
La frappe de mardi soir contre le Hamas est la première menée dans les environs de la capitale libanaise depuis le début de la guerre. L’armée israélienne n’a pas confirmé avoir mené la frappe mais a affirmé mercredi se préparer à «tout scénario».