BerneLes États approuvent l’augmentation du budget de l’armée
Déjà acceptée au National, la motion, qui veut augmenter les dépenses de l’armée à 7 milliards en 2030, a passé sans problème le cap de la Chambre des cantons.


Pour Olivier Français (PLR/VD), la menace s’est rapprochée: «L’Ukraine est plus proche de chez nous que le Portugal», a-t-il répété.
DRLe Conseil des États a confirmé jeudi la volonté du Conseil national d’augmenter progressivement le budget de l’armée de 5 à 7 milliards à l’horizon 2030. La Chambre du peuple en avait déjà décidé ainsi lors de la session de printemps. Après la secousse provoquée par la guerre en Ukraine, les partis bourgeois estiment que la Suisse doit rebooster son armée et faire en sorte de consacrer au minimum 1% de son PIB à sa défense nationale.
Selon l’évolution économique et géostratégique
«Ce qui se passe actuellement en Ukraine, ce n’est pas uniquement la recherche d’une partie de territoire, mais c’est l’exercice de la volonté de mettre une barrière entre le monde occidental et une autre partie du monde», a déclaré Olivier Français (PLR/VD). Ainsi, la Suisse doit augmenter son effort militaire: «Ce qu’on définit aujourd’hui, c’est un objectif, a poursuivi le Vaudois, une stratégie de moyens. Budget par budget, nous allons réellement décider de ce qui est nécessaire, selon l’évolution économique et géostratégique».
«Sortir du fétichisme du Réduit national»
Pour Carlo Sommaruga (PS/GE), ces dépenses supplémentaires ne se justifient pas: «Quelle que soit l’issue de la guerre, la menace d’une guerre conventionnelle en Suisse ne s’est pas accrue, mais très probablement réduite. Il faut sortir du fétichisme du Réduit national. Notre pays a besoin d’une armée moins nombreuse, plus agile et mieux équipée. Il ne faut pas une augmentation, mais une réaffectation des moyens existants».
Le socialiste genevois a insisté sur le fait que cet argent public serait mieux ailleurs: «Pour réduire les primes d’assurance-maladie, pour assurer les retraites, pour lutter contre l’inflation et la hausse des coûts de l’énergie, pour l’effort de reconstruction de l’Ukraine ou la réponse au réchauffement climatique. Rien ne justifie que, la tête dans le sac, les moyens de l’armée soient augmentés».
Ce n’est pas une «carte blanche»
Mais les jeux étaient faits avant même que l’on commence à débattre. Les sénateurs bourgeois, Werner Salzmann (UDC/BE), Alex Kuprecht (UDC/SZ), Josef Dittli (PLR/UR), Thierry Burkart (PLR/AG) ou Andrea Gmür-Schönenberger (C/LU) sont venus défendre la nécessité de renforcer la défense nationale, un message repris par la conseillère fédérale en charge du DDPS, Viola Amherd, qui a insisté sur la crédibilité de l’armée suisse à l’international. Selon Charles Juillard (C/JU): «Il ne s’agit pas d’une carte blanche, mais d’une volonté de moderniser l’armée dans un contexte nouveau à la suite de l’agression du 24 février. Une nécessité de rattrapage…»
Pour la minorité, Mathias Zopfi (V/GL) a encore insisté sur le fait «qu’il ne fallait pas décider sur le coup de l’émotion. La politique de sécurité doit être analysée au préalable: la défense de l’air, les troupes au sol et de la guerre Cyber, afin d’optimaliser les investissements». Il a calculé que cette progression des dépenses de l’armée d’ici 2030 allait coûter 10,5 milliards de francs supplémentaires, qui seront dépensés au détriment d’autres tâches de la Confédération.
Mais au vote la majorité bourgeoise n’a pas tremblé et a approuvé la motion par 32 voix à 11.