Coupe du mondeVenez, on se réinvente le football entre nous
On le savait depuis longtemps, cette Coupe du monde 2026 ne serait pas comme les autres. C'est encore pire que prévu. Et si on recommençait tout à zéro?

Robin CarrelJournaliste✓Vérifié
Robin Carrel, né en 1981, est journaliste au sein de la rubrique Sports de 20 Minutes.
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Ceci n'est donc pas un carton rouge.
Getty Images via AFPL'expression «la goutte qui fait déborder le vase», c'est exactement ce qui m'est arrivé ce week-end. Sauf qu'à la place du liquide transparent, c'étaient de petits ballons de foot et le récipient était mon amour du jeu de ballon-pied. Pendant de longues semaines, ce qui se passait sur le pré surpassait les horreurs vues autour des stades nord-américains (et qataris, et russes, et la Champions League avec cinq équipes d'un même pays dont quatre pas championnes...). Et puis il y a eu samedi et dimanche derniers et mon cerveau a explosé.
Ça a commencé avec cet immonde France-Paraguay. Non pas que les Sud-Américains n'ont pas le droit de «jouer sale» pour essayer de faire flancher le favori, non. Ca c'est le foot. Mon souci, c'est qu'un arbitre a décidé de prendre en otage la rencontre. L'homme au sifflet a réussi le tour de force de réunir les Français contre lui (note de 1 dans les colonnes de l'Equipe, par exemple). Plus fort encore, les Anglais, les Allemands, les Romands, bref, tous ceux qui en général se réjouissent des aléas des Bleus, ont eux aussi fustigé ce grand n'importe quoi, presque trop hallucinant pour être vrai.

Et puis il y a eu le dernier tacle par derrière donné par la FIFA au sport qu'elle est censée réglementer. Dimanche, en fin de journée, la Fédération internationale a «suspendu la suspension» de Folarin Balogun, expulsé contre la Bosnie, mais finalement pas privé du 8e de finale contre la Belgique. Dans la foulée, Donald Trump lui-même se félicitait de cette décision sur son réseau social à lui. Est-ce qu'on se rend bien compte de tout ce que ça peut potentiellement impliquer? Est-ce que Gianni Infantino et ses sbires sont encore sur la même planète que nous?
Il faut l'écrire pour se rendre compte de ce qui vient de se passer: depuis l'introduction des cartons jaune et rouge lors de l'édition de 1970 au Mexique, aucun joueur n'a jamais reçu un carton rouge et ensuite pu jouer le match suivant. JAMAIS!
J'ai vu tellement de gens ne jamais suivre le football se rendre compte ces dernières semaines que le plus beau des passe-temps était l'occasion No 1 de vivre des choses ensemble dans la vie. Après que notre pays a été fracturé en presque deux par les votations de Serafe ou celle de la Suisse à dix millions, voilà qu'on s'est tous retrouvés avec une bière ou un expresso à cinq heures du matin devant des écrans géants un peu partout. Et ça m'a fait un bien fou et j'avais presque retrouvé la foi. Et puis voilà que la FIFA en a encore réinventé une pour tout casser de manière grossière et grotesque.
Comment voulez-vous défendre le sport roi contre ses détracteurs, ceux qui ne s'y intéressent que tous les quatre ans pour se rendre intéressant, quand les instances de la discipline inventent de tels conflits d'intérêts. On savait que le président italo-valaisan de la FIFA n'était plus avec nous depuis longtemps, tout en se moquant de nous ostensiblement. Le prix de la paix de la FIFA offert à Donald Trump a prouvé que Gianni Infantino se sentait dorénavant au-dessus des lois. Comme pour sa prochaine réélection d'ailleurs ou le fait de prendre le jet privé offert par un sponsor du Qatar comme nous on prendrait un vélo en libre service...
Il y a quelques jours, je commençais à redouter l'arrivée du 8 juillet, le premier jour sans match de ce Mondial. En fait, ça va faire redescendre ma tension et ce ne sera pas plus mal. Alors je vous propose qu'on reprenne tout à zéro. On laisse la FIFA faire de notre bébé un autre sport, un truc où IShowSpeed Jesaispasquoi joue avec Kim Kardashian Truc et des influenceurs, dans un stade virtuel avec des stars du passé en manque d'argent dans les tribunes, le tout avec des billets à 3 millions de dollars la pièce. Et on les laisse jouer entre eux, avec des cartes magiques, des lois du jeu changées par Arsène Wenger et des penalties décidés sur Twitter par les internautes, mais seulement ceux avec la virgule bleue payante. Ça va être super, ils seront heureux et riches. Et nous on ne sera plus obligés de regarder.
Nous on refait du sport le plus populaire de monde ce qui en fait son essence et ce pourquoi il est sans frontières. Un jeu avec des règles simples, qui sont les mêmes de la 5e Ligue suisse pour un match entre la II du FC Le Talent et celle de Veyron-Venoge à la finale de la plus grande compétition planétaire. Le foot quoi. Bon, il faudra lui trouver un autre nom, parce que sinon la FIFA va nous attaquer en justice. Mais bon, on trouvera.

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