Bande dessinée: Un univers de conte de fées particulièrement réussi

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Bande dessinéeUn univers de conte de fées particulièrement réussi

Dans «Petits Dieux», Krystel et Salvia nous enchantent avec des héros menacés de disparition si on les oublie.

Michel Pralong
par
Michel Pralong

La bande-annonce du premier tome des «Petits Dieux». Le deuxième vient de sortir.

Dargaud

En ouvrant le premier tome de «Petits Dieux», on s'attendait, au vu de la couverture, à une histoire sympa et légère, pour enfants et ados. Le début du récit le confirme, avec une petite troupe composée d'un rat, d'une fée et d'un blaireau, sauvés d'un monstre dans une forêt par une vaillante guerrière.

Et puis, l'histoire prend une tout autre dimension et se révèle passionnante et subtilement écrite. Les héros — désolé de divulgâcher la moindre — sont en fait issus de l'imagination d'une romancière. Et comme elle est âgée et malade, elle se met à les oublier. Et ce monstre qui les menace, c'est le vide de l'oubli.

Les personnages principaux de «Petits Dieux».

Les personnages principaux de «Petits Dieux».

Daragud

Le deuxième tome, qui vient de sortir, élève encore la série un cran au-dessus. Car en fait, les personnages qu'imagine la petite-fille de l'auteure prennent vie aussi, même l'un créé par l'esprit du chien de la famille. Et pour perdurer, tous ces êtres dans la maison doivent lutter sous la houlette d'un chef assez terrifiant: le doudou de la petite! Mathieu Salvia au scénario et Krystel au dessin sont parvenus à imaginer un univers épatant et même un peu angoissant, ce qui est digne des meilleurs contes de fée.

Pour tous les publics

«Cela faisait un moment que nous voulions travailler ensemble, nous ont expliqué les auteurs rencontrés au Salon du livre de Genève. Comme nous avions tous les deux des enfants, nous avons pensé à une série qu'ils pourraient lire.» Mais ne lui collez pas le label «pour enfants», elle est vraiment tout public, chaque âge y trouvant son plaisir, les plus petits riant à Kaprout, le personnage qui fait des pets, les plus grands étant touchés par la fille de la romancière, qui aurait voulu que sa mère s'intéresse davantage à elles qu'à ses livres pour enfants.

«L'idée de personnages qui disparaissent si on les oublie est venue très vite, dit Mathieu Salvia. Tout comme les personnages principaux. En revanche, j'avais d'abord pensé à un méchant numérique, mais il n'est resté de cela que Pixel, une petite créature née des jeux vidéos de Lala, la petite-fille. Monsieur Doudou, lui, est paradoxalement un réconfort pour cette dernière depuis toute petite, mais est effrayant pour le lecteur, avec son emprise sur les autres créatures. Il lutte toutefois aussi pour sa survie en voulant empêcher Lala de grandir.»

Cette trame permet de créer énormément de personnages, notamment secondaires. «Après, Mathieu n'est pas hyper précis. Par exemple, il écrira que Monsieur Doudou s'adresse à une foule de créatures, à moi de me débrouiller avec cela, alors que j'aime bien être guidée», rouspète gentiment Krystel. «J'avoue que j'ai peu d'imagination visuelle», reconnaît Mathieu.

Un être tout en post-it

Un personnage est particulièrement réussi. Post-it, un être à forme humaine, avec des lunettes, mais composé essentiellement de post-it. «Il est issu de la charge mentale de la maman de Lala et de son emploi du temps surchargé. Je l'ai imaginé graphiquement ainsi en pensant à un personnage de Naruto fait de feuilles», explique Krystel.

La fée Cléo.

La fée Cléo.

Dargaud

Elle a grandi avec le «Club Dorothée», les mangas et les jeux vidéos. Mais la dessinatrice a su mêler les influences japonaises à la BD franco-belge et même à du Disney. Les premières pages de la série font penser au dessin animé «Robin des bois». Si le personnage qu'elle préfère sentimentalement dans l'album est Cléo, la fée, elle reconnaît tout de même que graphiquement c'est la guerrière BoumBoum, la plus proche des mangas, qu'elle apprécie dessiner. «En revanche, montrer la disparition des décors dévorés par le monstre et remplacés par du blanc a été très compliqué», nous dit Krystel.

La guerrière BoumBoum.

La guerrière BoumBoum.

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La série «Petits Dieux» a été conçue pour durer trois épisodes, et se terminera donc (hélas) l'an prochain. Mais a-t-elle plu aux enfants des auteurs, qui ont pensé à eux en la créant? «Mon fils aime bien», dit Krystel. «Le mien pas, soupire Mathieu. Il est dans une phase où il préfère les bastons et trouve qu'il n'y en a pas assez dans la série». Et quel est leur public en dédicaces? «Je pensais voir plus d'enfants, reconnaît Krystel. Mais cela veut donc dire qu'elle plaît aussi aux plus grands. Quand nous sommes les deux pour signer, j'ai créé des tampons avec certains personnages pour Mathieu, comme cela, il peut aussi ajouter un élément graphique à sa signature».

Petits Dieux: Monsieur Doudou, tome 2, de Krystel et Salvia, Éd. Dargaud, 63 pages

Petits Dieux: Monsieur Doudou, tome 2, de Krystel et Salvia, Éd. Dargaud, 63 pages

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