Mara dévoile le 3ᵉ tome de «Spirite» : un univers captivant

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Bande dessinéeMara vous invite dans son univers hanté

La Vaudoise sort le 3ᵉ tome de «Spirite» et parvient toujours à surprendre le lecteur avec son art de la narration et du graphisme. Interview.

Michel Pralong
par
Michel Pralong

Brillante dès le 1ᵉʳ album de sa série «Spirite», Mara confirme avec ce troisième et avant-dernier tome. S'il était évident que cette autodidacte était douée graphiquement, chaque nouvel album démontre également qu'elle est une excellente scénariste et que son récit est bien plus ambitieux qu'il n'y paraît au premier abord. C'est pour cela que celui qui y prend la peine d'y entrer est récompensé.

L'univers de «Spirite» est celui de chasseurs de fantômes au début du XXe siècle, sur les traces d'une mystérieuse expédition en Sibérie, où s'est produit un phénomène extraordinaire. Les deux premiers tomes mettaient en avant le jeune spiritologue Ian Davenport, allié de circonstance de la journaliste Nell Lovelace, qui se serait bien passée de sujets aussi loufoques. Ils vont se retrouver face au méchant de l'histoire, Arthur Arroway, scientifique devenu un fantôme très puissant.

On ne retrouve qu'Arroway dans le 3ᵉ tome, puisqu'il s'agit d'un flashback expliquant comment il est devenu ce qu'il est, avec un récit centré sur Anya Eisenstern, apparue en fin de tome 2. Elle est la première femme et seule femme dans une université. Enfin presque, car l'on découvrira qu'une autre se cache sous les traits d'un garçon.

Entre deux femmes, la concurrence est farouche

«J'ai commencé à écrire le scénario de «Spirite» par ce tome, nous explique la Vaudoise. Mais Anya était en copncurrence avec un homme et cela ne fonctionnait pas. Quand j'ai transformé Lucas en Lucia, tout s'est mis en place. Et cet antagonisme de départ est encore plus exacerbé, comme cela arrive souvent lorsque deux femmes se retrouvent en concurrence. Même en BD. Les auteures ont plus de mal à faire leur place et on a parfois l'impression que, quand elles l'ont, elles semblent dire aux autres femmes de ne pas venir empiéter sur leurs-plate-bandes.»

La séance de spiritisme tourne mal.

La séance de spiritisme tourne mal.

Mara/Éd.Drakoo

Ce qu'il y a de formidable avec cette série est que Mara parvient sans cesse à surprendre le lecteur, le sortant des rails sur lesquels il se croyait embarqué. Et les personnages sont bien plus complexes qu'il n'y paraît. «En tant que lectrice, rien ne me déçoit plus que les personnages qui manquent de profondeur, ce qui arrive hélas souvent dans les sagas pour ado-adultes. Dans mes histoires, j'aime que chacun ait un rôle à jouer, parfois avec un personnage tout à fait secondaire qui aura toute son importance plus tard.»

Ce tome 3 est plus dans l'intime que dans l'action. «C'est mon préféré», reconnaît l'auteure. On y voit la relation de rivalité entre Anya et Lucia évoluer en complicité, puis en amour. Qui finira mal? «Ce que j'aime avec le thème des fantômes, c'est qu'il permet d'illustrer le deuil d'une histoire, qu'elle soit amicale ou amoureuse. Ce tome 3 en flashback, procédé que j'avais déjà utilisé dans ma précédente série «Clues», me permet de ne pas avoir à tout expliquer en rafales dans le quatrième et dernier.»

Trouver son public

Après un premier volume sorti en pleine pandémie, un deuxième chamboulé par l'annonce de la maladie génétique de sa fille, Mara se réjouit de pouvoir profiter pleinement de la parution ce 29 janvier du tome 3, qu'elle est partie dédicacer jusqu'à dimanche au festival de BD d'Angoulême. «Je soigne mes lecteurs en dédicace, comme j'espère les soigner avec la construction de mes histoires. La série «Spirite» fonctionne bien, mais pas comme les meilleurs titres de la collection Drakoo. Ce qui me frustre, c'est qu'une fois que les lecteurs ont pris la peine de lire un album, ils adorent, mais encore faut-il qu'ils l'ouvrent.»

Sans les cours qu'elle donne de character design et de peinture numérique à Lausanne, elle l'avoue, ««mes BD ne me permettraient pas de vivre, surtout en Suisse. Mais j'ai la chance de pouvoir faire le métier que j'aime. Le monde de la BD est dans une phase de transition, avec de plus en plus de femmes. Le danger, c'est de féminiser à outrance et de mettre des personnages féminins partout. Il y a évidemment des femmes dans «Spirite», et elles ont beaucoup d'importance, j'y tiens. Mais j'aimerais que cela ne saute pas aux yeux, que cela paraisse naturel. Parmi les gens en dédicace, j'ai de tout, de vieux collectionneurs, des enfants de 8-15 ans et pas mal de lectrices. L'une m'a dit: «J'ai adoré votre série. Je ne lis pas de BD habituellement, mais j'ai acheté la vôtre parce que vous étiez une femme.» C'est très gentil, mais j'aimerais que l'on apprécie un livre pour ce qu'il est, qu'importe que ce soit un homme ou une femme qui l'a fait.»

«Spirite: échos», Tome 3, par Mara, Éd. Drakoo, 64 pages

«Spirite: échos», Tome 3, par Mara, Éd. Drakoo, 64 pages

Mara dédicacera à Payot Lausanne le samedi 8 février de 14 à 17 heures.

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