Le Lotus bleu: L'édition originale revisitée en couleurs

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Bande dessinéeLa version originale du Lotus bleu rééditée, mais en couleurs

L'aventure en Chine, considérée comme un tournant dans les aventures de Tintin, retrouve l'entier de ses 124 planches.

Michel Pralong
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Michel Pralong

Le 9 août 1934, les lecteurs du «Petit Vingtième» découvrent les premières planches des «Aventures de Tintin, reporter en Extrême-Orient». Cette cinquième histoire du héros de Hergé est la première qui est une suite directe de la précédente, «Les cigares du pharaon».

Pourtant, elle est considérée comme un véritable tournant dans l'œuvre du dessinateur. Si, dans «Tintin au pays des Soviets», «au Congo», «en Amérique» et dans «Les cigares», le dessinateur belge enchaînait les actions sans toujours un grand souci de vraisemblance, il adopte une autre méthode désormais. Il se documente abondamment et veut que, tout en restant captivantes et pleines de rebondissements, les aventures de son héros s'ancrent davantage dans le réel.

C'est en cherchant un connaisseur de la Chine qu'il fera une rencontre qui bouleversera sa vie et son œuvre, celle d'un jeune artiste chinois venu étudier en Belgique, Tchang Tchong-Jen. Celui-ci va non seulement lui parler de son pays, qui traverse alors une grave crise avec le Japon, mais aussi lui apporter une ouverture d'esprit sur son graphisme.

En album en 1936

À raison de deux pages par semaines, cette nouvelle aventure se terminera le 17 octobre 1935, soit 124 pages. Elles seront publiées en album en octobre 1936 sous le titre «Le Lotus bleu», avec cinq hors-texte en couleurs, le reste étant toujours en noir et blanc. Ce n'est qu'à partir des années 1940 que Casterman poussera Hergé à rééditer ses albums en couleur dans un format plus serré de 64 pages. La nouvelle version du «Lotus bleu», en couleurs, sortira en 1946, avec notamment un Tintin modernisé dans les premières planches, puis dans d'autres cases redessinées.

Les larmes de Tintin et Milou face au chagrin de celle dont le fils est devenu fou, empoisonné par le radjaïdjah.

Les larmes de Tintin et Milou face au chagrin de celle dont le fils est devenu fou, empoisonné par le radjaïdjah.

© Hergé/Tintinimaginatio 2024

Comme l'album de 1936 n'avait été édité qu'à 6000 exemplaires, sa réédition ce 8 janvier en fait une belle curiosité. Surtout qu'il a été colorisé, avec une palette différente de la version de 1946. L'album est en grand format, ce qui permet d'admirer encore mieux ses pages, nettement plus aérées que celles de 1946. Car Hergé a dû redécouper son aventure pour faire tenir deux pages en une seule. Il est très intéressant de tourner les pages des deux versions en même temps pour voir comment l'auteur est parvenu à raconter la même histoire en deux fois moins de place.

Pour cette réédition, la couverture a changé pour se différencier. Cela peut se comprendre, même s'il est évidemment regrettable de ne plus admirer ce qui est sans doute l'une des couvertures les plus réussies d'Hergé, Tintin et Milou sortant de leur vase devant le grand dragon noir. Ici, il s'agit cette fois d'un agrandissement d'une case de l'album.

«Le Lotus bleu», version colorisée, par Hergé, préface de Philippe Goddin, 144 pages, Éd. Moulinsart et Casterman

«Le Lotus bleu», version colorisée, par Hergé, préface de Philippe Goddin, 144 pages, Éd. Moulinsart et Casterman

© Hergé/Tintinimaginatio 2024

«Le Lotus bleu» rejoint donc la collection des versions noir et blanc rééditées et colorisées des quatre albums précédents. En ce début 2025, l'annonce a été faite que les droits de Tintin tombaient dans le domaine public. Il faut préciser que cela ne concerne que l'édition originale de 1929 de «Tintin au pays des Soviets» et que les États-Unis. Peu de risque donc de voir des versions américaines du reporter fleurir de partout.

Droits protégés jusqu'en 2054

En Europe ou au Canada, Tintin reste entièrement protégé jusqu’au 1ᵉʳ janvier 2054, soit un peu plus de 70 ans après la mort d’Hergé en mars 1983, précise l'AFP. Les ayants droit, à savoir la veuve de Hergé, Fanny Vlamynck, 90 ans, et son second mari, Nick Rodwell, 72 ans, ont adopté une ligne conforme aux dernières volontés du créateur: interdiction stricte, pour qui que ce soit, de dessiner Tintin et ses acolytes.

Merci Tchang!

Mais rien n'empêche, et on le constate depuis des années, de publier des livres autour de Tintin. Casterman sort également ce 8 janvier «Tchang Tchong-Jen, artiste voyageur». Écrit par le tintinologue Dominique Maricq et la propre fille de l'artiste chinois, Tchang Yifei, ce livre relate évidemment la rencontre entre celui qui allait devenir un personnage des aventures de Tintin et Hergé. Mais il va beaucoup plus loin en retraçant tout le parcours artistique de Tchang, lui qui a puisé chez tant de peintres et de sculpteurs, notamment Rodin, face à un Hergé autodidacte.

C'est d'ailleurs le paradoxe entre Hergé qui devint une icône grâce à cet art populaire qu'est la BD et Tchang, qui brilla, lui, dans les Beaux-Arts. Le livre nous rappelle qu'on lui doit les bustes d'Hergé, mais aussi de Mitterrand et de Den Xiaoping. Il montre aussi combien l'apport de Tchang s'est ressenti dans les aventures de Tintin, non seulement graphiquement, mais également dans l'humanisme du héros.

«Tchang Tchong-Jen, artiste voyageur», de Dominique Maricq et Tchang Yifei, 192 pages, Éd. Moulinsart et Casterman

«Tchang Tchong-Jen, artiste voyageur», de Dominique Maricq et Tchang Yifei, 192 pages, Éd. Moulinsart et Casterman

© Hergé/Tintinimaginatio 2024

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