ÉtudeIl y a trop d’abeilles domestiques dans les villes suisses
Une étude du WSL montre qu’en Suisse les espaces verts des cités ne peuvent pas absorber la densité actuelle des ruches. Conséquence: la biodiversité urbaine est menacée.
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«Dans les villes l’élevage des abeilles est de plus en plus devenu une activité récréative», constatent les chercheurs.
Getty ImagesL’apiculture connaît un essor florissant dans les villes suisses, comme à Berne, où la terrasse du Palais fédéral possède depuis mai dernier, une colonie d’abeilles carnioliennes (l’espèce la plus répandue en Suisse). «L’augmentation incontrôlée des populations d’abeilles domestiques exerce toutefois une pression croissante sur les pollinisateurs sauvages, menaçant ainsi la biodiversité urbaine», souligne une nouvelle étude de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) publiée ce lundi.
Menée par deux chercheurs, Joan Casanelles Abella et Marco Moretti, l’étude avait pour but «d’évaluer la durabilité de l’apiculture urbaine en Suisse». Pour ce faire, ils ont créé un modèle de calcul comparant le nombre de ruches dans quatorze villes suisses avec les quantités de plantes à fleur dans les environs entre 2012 et 2018. Ils ont d’abord constaté que «le nombre de ruches avait presque triplé au cours de cette période, passant de 3139 à 9370».
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L’apiculture est en plein essor dans les villes suisses.
AFPEn opposant les besoins des abeilles en matière d’espaces verts et la surface effective de ces espaces, ils se sont rendu compte que, «pour la majorité des villes, l’offre en ressources florales est insuffisante pour couvrir les besoins des abeilles». «Le message clé de nos résultats est que les espaces verts urbains ne peuvent pas absorber la densité actuelle des ruches», résume Joan Casanelles Abella. Une tendance qui s’observe aussi dans des villes européennes comme Paris, Berlin ou Londres.
Un manque de réglementation
Le problème est que d’autres insectes, les abeilles sauvages et ceux consommant les mêmes plantes à fleurs, sont touchés par cette pénurie alimentaire. «Quand on dépasse la capacité de charge d’un système, on épuise automatiquement toutes ses ressources. Les autres organismes qui dépendent de ces mêmes ressources en souffrent à leur tour», explique le biologiste, qui précise que, «sur les quelque 600 espèces d’abeilles sauvages de Suisse, environ 45% sont considérées comme menacées».
Éduquer le public
Bien qu’il soit «encore difficile d’évaluer l’ampleur exacte des effets négatifs sur la biodiversité», Joan Casanelles Abella a surtout constaté «un manque d’information et de contrôle». Les abeilles domestiques sont détenues et élevées comme n’importe quel animal de rente. «Cela implique que les humains doivent leur fournir une source d’alimentation adéquate», rappelle le chercheur.
Il est aussi convaincu que «le public doit être mieux éduqué sur les effets néfastes de l’apiculture, afin que la biodiversité urbaine ne soit pas déséquilibrée. En effet, gérées de manière durable, les villes contiennent des habitats importants pour la faune et peuvent ainsi «contribuer de manière significative à la conservation de la biodiversité».